ACTE V, SCÈNE VIII. /pS
RODOLPHE
Et moi, je lui prétends, si le sort m'est prospère, Procurer (|u repos plus qu'elle n'en espère, Et soustraire au pouvoir d'un de mes ennemis Sans dessein d'en user, ce qui m'étoit promis.
ACASTK.
Il est vrai que le bruit des charmes d'Isabelle Me fit trahir vos feux et soupirer pour elle. Mais à combien d'amans laisseroit-on le jour, Si l'on devoit punir tous les crimes d'amour?
RODOLPHE, tirant Vèpée.
Donnons, c'est de la main qu'un noble cœur réplique; Il manque à qui s'excuse, et tremble à qui s'expUque. Il lui doit être doux de perdre un imposteur, Un semeur de faux bruits, un traître, un affronteur; Et t'ayant obligé d'un bien illégitime , Elle auroit peu d'honneur d'être le prix d'un crime.
, ACASTE
Ne dissimulez point votre ressentiment ,
Et que la jalousie est son seul fondement.
En effet, cher Rodolphe, il faut que je confesse
Qu'un indigne moyen m'acquiert votre maîtresse ;
Mais, pour le réparer, une juste action
Est prête de la rendre à votre passion.
(Bas au page.) (Le page sort.)
Page, revenez tôt. Qu'une même journée.
Ayant fait et rompu, renoue un hyménée. N'ayant eu que les fleurs, je vous laisse le fruit; J'ai célébré le jour, célébrez-en la nuit; Pardonnez à l'amour votre mort supposée. Par qui je m'étois fait cette conquête aisée.
426 LA BELLE ALPHREDE,
Et montrez qu'au métier de faire des vivans Un tel mort ne voudroit céder aux plus savaps.
RODOLPHE
Lâche, tu prouves mal l'ardeur qui te transporte,
Et l'amour est bien foible où la peur est si forte :
En toi ce dieu m'a fait un indigne rival ,
Et le bien t'est mal dû que tu défends si mal.
Mais demeure aux prisons de ta belle geôlière
Si le sort du combat te laisse la lumière :
Ses yeux , qui t'ont blessé , n'ont plus de traits pour moi ,
Et par mon propre aveu je dégage ma foi.
Ma seule intention est d'immoler l'offrande
Que pour prix de sa mort Alphrède me demande ,
Et de punir en toi le meurtre du tyran
Qui souilla de son sang le rivage d'Oran.