‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 302 sur 442 · ACTE V, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IX

ACA.STE

Et me le veut ôter Pour le droit que son bras a de vous disputer. Si j'avois même droit en si belle conquête, Je vous conserverois aux dépens de ma tête; Mais le mien est fondé sur une trahison : Je vous acquis par fraude , et vous rends par raison.

(Il vent la mettre entre les bras de Rodolphe. )

Payez de vos faveurs une amour légitime , Et faites de l'oubli le châtiment d'un crime.

RODOLPHE

Ces s.itisfactions ne te sauveront pas

D'une lâche infamie ou d'un juste trépas.

Quoi ! comme il semble bon , on prend ou rend ma dame ,

Selon que la peur glace ou que l'amour enflamme !

Un foiblc dieu préside à ses affections

Si l'on altère ainsi ses inclinations.

Mais que cette beauté sans contrainte s'engage ,

Et choisisse à son gré sa flamme et son servage ;

Pour moi je vivrai libre; et mon courage est tel,

Qu'il s'est pu dégager de tout objet mortel.

ISABELLE, à Acaste.

Pour moi, je vivrai vôtre; et mon amour est telle Qu'on ne lui peut ravir le titre d'immortelle.

(A Rodolphe.)

Rodolphe, en vérité, ne présumez-vous point

Que votre changement me touche au dernier point ,

Que je vous vais prier de m'être favorable ,

Et que votre mépris fait une misérable ?

Certes, vous auriez tort; et vos traits sont trop doux

Pour craindre que mon cœur se plaigne de leurs coups.

428 LA. BELLE ALPIIREDE,

Votre froideur prévient un dessein nécessaire De chercher d'autres yeux à qui vous deviez plaire Car déjà pour les miens vos at-traits plus charmans Approchoient de la fin de tous les agrémens.

RODOLPHE, a Isabelle.

Ni plaire ni charmer n'est plus mon entreprise : Le mépris sied fort bien à celles qu'on méprise ; Et vous reconnoîtrez qu'un semblable souci N'est point l'occasion qui m'a conduit ici.

( A Acaste.)

Toi, si tu ne te hais, et si tu n'as envie Qu'enfin ta lâcheté de ta mort soit suivie , Donnons, ou sans respect je venge aveuglément Et l'injure d'Alphrède et mon ressentiment.

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