‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 307 sur 442 · ACTE V, SCENE XL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE XL

Quelle si longue erreur a ma raison troublée , Que j'aie ingratement rompu de si beaux fers , Et causé tant de maux que vous avez soufferts?

(Semptfant à genoux.)

Ah! si quelque pardon se doit à qui s'accuse, Et si l'aveuglement peut tenir lieu d'excuse, Pardonnez au captif qui, triste, à deux genoux, Redemande ses fers et se redonne à vous. Reçu dans vos prisons, je proteste d'y vivre Jusqu'au moment fatal que la mort m'en délivre, Et le temps, qui peut tout, perdra contre mon cœur Le titre d'invincible et celui de vainqueur.

ALPHRÈDE, le relevant.

Ton repentir, Rodolphe, a des preuves trop grandes; Je suis ce que tu veux, prends ce que tu demandes, Et n'implore jamais ce qui dépend de moi, Puisque tout t'appartient, que je suis toute à toi.

(Ils s'embrassent.) RODOLPHE.

O divin changement! faveur vraiment céleste! Je crains qu'en ton excès tu ne me sois funeste.

CLÉANDRE

o doux ravissement ! belle confusion !

Me puis-je contenir en cette occasion , Madame ?

Cher Cléandre , enfin les dieux propices Du milieu de nos maux ont tiré nos délices. Adressons mille vœux et dressons mille autels A ces sacrés auteurs du destin des mortels.

Page 1