‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 357 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ÉRASME, LUCIDOR,

ÉRASME

Sa douleur n'est pas telle Que votre propre soin ne puisse rien pour elle : Nous cherchons à son mal un secours étranger , Et vous seul, Lucidor, la pouvez soulager.

^ LUCIDOR.

Que puis-je en sa faveur? éprouvez mon envie. Le bien de sa santé dépend-il de ma vie? Dois-je à sa guérison et mon temps et mon bien? Ordonnez seulement, je ne réserve rien.

ÉRASME

Sa guérison dépend de ces seules paroles: Célie, il faut cesser, nos feintes sont frivoles; Et nous ne verrons pas votre avare parent

494 LA PELERINE AMOUREUSE,

Suppléer par les biens à ce mal apparent; II a tout découvert. Deux mots de cette sorte Guériront son esprit d'une douleur si forte.

LUCIDOR.

Eloignez de chez vous cet esprit furieux; Vous ressentez déjà ce mal contagieux.

A voir ce que je vois, ce poison frénétique Par un fréquent abord enfin se communique. Je ne la verrai plus.

ÉRASME

Je parle sainement, Et désapprouve fort votre déportement.

Le droit que vous prenez sur l'esprit de ma fille Touche sensiblement l'honneur de ma famille ; De légitimes lois vous pouvoient accorder J^e plaisir de la voir et de la posséder , Sans prévenir le bien de cette jouissance Par une criminelle et honteuse licence.

Mais on souffre beaucoup de l'ardeur d'un am?int ; L'hymen répare tout.

LUCIDOR.

Perdez ce sentiment.

Moi , je l'ai possédée ?

ÉRASME

O la feinte importune!

Elle-même n'a pas celé son infortune; Elle m'a confessé que l'importunité Avoit tout obtenu de sa facilité, Et qu'il n'est point d'honneur qui ne rendît les armes Au pouvoir infini de vos aimables charmes. Déjà le triste effet qui suit cette action

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