SCÈNE IV
Les biêmes; ANGÉLIQUE, CLORIMAND.
ERASME, a Angélique.
Rare et pieuse fille , heureuse pèlerine , Jouis des longs honneurs que le ciel te destine, Et possède cent ans une prospérité Digne de ta naissance et de ta charité. Nos maux sont achevés; Lucidor et Célie Sont satisfaits du sort par le nœud qui les lie; Et nous te souhaitons un servage pareil Avant que cette nuit nous cache le soleil.
ANGÉLIQUE
Souhaitez-vous plutôt que cet esprit volage
Ne se repente pas de la foi qui l'engage.
Craignez un changement , ou pressez ce trompeur : .
Célie en mon exemple a des sujets de peur;
£,t ce perfide auteur du feu qui me consume
De l'infidélité s'est fait une coutume.
C'est le plus vil objet d'une parfaite amour,
Et le plus criminel qui respire le jour.
5o8 LA PÈLERINE AMOUREUSE, LUCIDOR, SOUS le nom de Léandre.
Le plus religieux ne peut sans injustice,
S'il connoît mon esprit, m'accuser de ce vice;
Et vous rendez à tort suspect de trahison
Une amour sans exemple et sans comparaison.
Célie a la première asservi ma franchise;
Ses beaux yeux sont auteurs de ma première prise ;
Et je perdrai plutôt le bien de la clarté
Que le ferme dessein de servir sa beauté.
ANGÉLIQUE
J*aceuse Lucidor.
Sans raison légitime.
ANGÉLIQUE
La raison défend donc qu'on accuse le crime? Qu'il paroisse à mes yeux, et ce perfide amant Rougira de ma peine et de son changement.
Je suis ce Lucidor qui possède madame.
ANGÉLIQUE
Un autre est le sujet du courroux qui m'enflamme.
Me serois-je abusée à ce nom seulement?
O dieux ! qu'un doux espoir succède à mon tourment !
ÉRASME
Madame, j'ai pour vous une espérance vaine. Ou j'aurai le bonheur de vous tirer de peine.
CLORIMAND.
Le ciel nous favorise.