‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 366 sur 442 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les biêmes; ANGÉLIQUE, CLORIMAND.

ERASME, a Angélique.

Rare et pieuse fille , heureuse pèlerine , Jouis des longs honneurs que le ciel te destine, Et possède cent ans une prospérité Digne de ta naissance et de ta charité. Nos maux sont achevés; Lucidor et Célie Sont satisfaits du sort par le nœud qui les lie; Et nous te souhaitons un servage pareil Avant que cette nuit nous cache le soleil.

ANGÉLIQUE

Souhaitez-vous plutôt que cet esprit volage

Ne se repente pas de la foi qui l'engage.

Craignez un changement , ou pressez ce trompeur : .

Célie en mon exemple a des sujets de peur;

£,t ce perfide auteur du feu qui me consume

De l'infidélité s'est fait une coutume.

C'est le plus vil objet d'une parfaite amour,

Et le plus criminel qui respire le jour.

5o8 LA PÈLERINE AMOUREUSE, LUCIDOR, SOUS le nom de Léandre.

Le plus religieux ne peut sans injustice,

S'il connoît mon esprit, m'accuser de ce vice;

Et vous rendez à tort suspect de trahison

Une amour sans exemple et sans comparaison.

Célie a la première asservi ma franchise;

Ses beaux yeux sont auteurs de ma première prise ;

Et je perdrai plutôt le bien de la clarté

Que le ferme dessein de servir sa beauté.

ANGÉLIQUE

J*aceuse Lucidor.

Sans raison légitime.

ANGÉLIQUE

La raison défend donc qu'on accuse le crime? Qu'il paroisse à mes yeux, et ce perfide amant Rougira de ma peine et de son changement.

Je suis ce Lucidor qui possède madame.

ANGÉLIQUE

Un autre est le sujet du courroux qui m'enflamme.

Me serois-je abusée à ce nom seulement?

O dieux ! qu'un doux espoir succède à mon tourment !

ÉRASME

Madame, j'ai pour vous une espérance vaine. Ou j'aurai le bonheur de vous tirer de peine.

CLORIMAND.

Le ciel nous favorise.

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