ACTE IV, SCÈNE I
Et que ce traître esprit peut-être recueillit. De mes nerfs les plus forts cette peste dispose, Et presqu'à mes regards mes entrailles expose; Moi-même je m'ignore en ce triste accident, Et ce qui fut Alcide est un bûcher ardent.
PHILOCTÈTE
Que ne m'est ce poison également funeste! Que ne puis-je avec vous partager cette peste! Ou que, par mon trépas, ne puis-je à l'univers Conserver le vengeur de ce siècle pervers?
HERCULE
Est-ce donc là ce bras dont les faits sont si rares ?
Ce vainqueur des tyrans? cet effroi des barbares?
Ce fléau de révolte et des rébellions?
Ce meurtrier du serpens? ce dompteur de lions?
Suis-je ce même Alcide? ai-je de ces épaules,
Pour lQ|||ecours d'Atlas, soutenu les deux pôles?
Résisterois-je encor à ce faix glorieux?
Et parois-je en ce point être du sang des dieux?
Non , non : par cette mort qui borne ma puissance ,
Un mortel sera cru l'auteur de ma naissance;
Et ceux qui m'adoroient, m'estimeront enfin
Le fils d'Amphitryon et non pas de Jupin.
O cruelle douleur! ô tourment! à martyre!
Ce lieu brûle déjà de l'air ({ue j'y respire!
La place autour de moi fume de toutes parts.
Et ces humides fleurs sèchent à mes regards !
Tranchez, cruelles sœurs, cette fatale trame
Qui ne peut consommer, qui résiste à la flamme;
Achevez de mes jours le pénible fuseau.
Et de toutes vos mains pressez-y le ciseau.
Je ne troublerai point vos ténébreuses rives. O remède trop lent! 6 filles trop tardives! Quoi ! mon mal par la mort ne peut être allégé , Et pour ne mourir point il faut vivre enragé?
PHILOCTÈTE
Jusqu'au dernier soupir ce grand cœur doit paroître : Soyez, soyez Alcide, en finissant de l'être; / Montrez un esprit fort en un corps abattu, Et que votre douleur cède à votre vertu.
HERCULE
D'un regard de pitié daigne percer la nue.
Et sur ton fils mourant arrête un peu ta vue;
Vois, Jupin, que je meurs; mais vois de quelle mort!
Et donne du secours ou des pleurs à mon sort.
J'ai toujours dû ma vie à ma seule défense.
Et je n'ai point encore imploré ta puissance.
Quand les têtes de l'Hydre ont fait entre mes <|P*as
Cent replis tortueux, je ne te priois pas;
Quand j'ai, dans les enfers, affronté la mort même,
Je n'ai point réclamé ta puissance suprême;
J'ai de monstres divers purgé chaque élément ,
Sans jeter vers le ciel un regard seulement;
Mon bras fut mon recours, et jamais le tonnerre
N'a, quand j'ai combattu, grondé contre la terre;
Je n'ai rien imploré de ton affection ,
Et je commence, hélas! cette lâche action.
Aux prières enfin ce feu m'a fait résoudre.
Et pour toute faveur j'implore un coup de foudre :
Soit qu'à ce malheureux tu sois cruel ou doux.
Ta haine ou ta faveur paroîtront en tes coups;
Hâte donc cet exploit et devance la Parque,