‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 37 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Et que ce traître esprit peut-être recueillit. De mes nerfs les plus forts cette peste dispose, Et presqu'à mes regards mes entrailles expose; Moi-même je m'ignore en ce triste accident, Et ce qui fut Alcide est un bûcher ardent.

PHILOCTÈTE

Que ne m'est ce poison également funeste! Que ne puis-je avec vous partager cette peste! Ou que, par mon trépas, ne puis-je à l'univers Conserver le vengeur de ce siècle pervers?

HERCULE

Est-ce donc là ce bras dont les faits sont si rares ?

Ce vainqueur des tyrans? cet effroi des barbares?

Ce fléau de révolte et des rébellions?

Ce meurtrier du serpens? ce dompteur de lions?

Suis-je ce même Alcide? ai-je de ces épaules,

Pour lQ|||ecours d'Atlas, soutenu les deux pôles?

Résisterois-je encor à ce faix glorieux?

Et parois-je en ce point être du sang des dieux?

Non , non : par cette mort qui borne ma puissance ,

Un mortel sera cru l'auteur de ma naissance;

Et ceux qui m'adoroient, m'estimeront enfin

Le fils d'Amphitryon et non pas de Jupin.

O cruelle douleur! ô tourment! à martyre!

Ce lieu brûle déjà de l'air ({ue j'y respire!

La place autour de moi fume de toutes parts.

Et ces humides fleurs sèchent à mes regards !

Tranchez, cruelles sœurs, cette fatale trame

Qui ne peut consommer, qui résiste à la flamme;

Achevez de mes jours le pénible fuseau.

Et de toutes vos mains pressez-y le ciseau.

Je ne troublerai point vos ténébreuses rives. O remède trop lent! 6 filles trop tardives! Quoi ! mon mal par la mort ne peut être allégé , Et pour ne mourir point il faut vivre enragé?

PHILOCTÈTE

Jusqu'au dernier soupir ce grand cœur doit paroître : Soyez, soyez Alcide, en finissant de l'être; / Montrez un esprit fort en un corps abattu, Et que votre douleur cède à votre vertu.

HERCULE

D'un regard de pitié daigne percer la nue.

Et sur ton fils mourant arrête un peu ta vue;

Vois, Jupin, que je meurs; mais vois de quelle mort!

Et donne du secours ou des pleurs à mon sort.

J'ai toujours dû ma vie à ma seule défense.

Et je n'ai point encore imploré ta puissance.

Quand les têtes de l'Hydre ont fait entre mes <|P*as

Cent replis tortueux, je ne te priois pas;

Quand j'ai, dans les enfers, affronté la mort même,

Je n'ai point réclamé ta puissance suprême;

J'ai de monstres divers purgé chaque élément ,

Sans jeter vers le ciel un regard seulement;

Mon bras fut mon recours, et jamais le tonnerre

N'a, quand j'ai combattu, grondé contre la terre;

Je n'ai rien imploré de ton affection ,

Et je commence, hélas! cette lâche action.

Aux prières enfin ce feu m'a fait résoudre.

Et pour toute faveur j'implore un coup de foudre :

Soit qu'à ce malheureux tu sois cruel ou doux.

Ta haine ou ta faveur paroîtront en tes coups;

Hâte donc cet exploit et devance la Parque,

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