ACTE I, SCENE II
Rien ne peut succéder à des cœurs engourdis, Mais le sort fait beaucoup en faveur des hardis.
CÉPHISE
C'est fait, j'embrasserai ce soin illégitime:
Mais , tout se découvrant , réponds-tu de mon crime ?
FILA.NDRE.
Lorsque je suis l'objet de tout le châtiment
Mais j'en espère mieux : commençons seulement.
ClÉPHISE.
As-tu quelque papier? tire-le de ta poche; Fais que ma sœur le voie : elle est bien près, approche; Presse-moi de le prendre et parlons un peu haut : Tu verras ce dessein réussir comme il faut,
(Filandre présente une leUre i Cephise , comme de la part de Thimante.) FILANDRE.
Au moins reçois sa lettre, ingrate, inexorable; Et cesse d'affliger cet amant misérable Qui hait à ton sujet le céleste flambleau, Et dont ta cruauté va creuser le tombeau.
T H É A N E , parmi les arbres.
De qui lui parie-t-il?
CÉPHISE
Donne.
( Elle reçoit la lettre et la de'chire.) FILANDRE.
Ingrate, barbare, Indigne d© l'honneur d'une amitié si rare , Insensible beauté , tu la romps , et ta main Seconde les rigueurs de ce cœur inhumain?
538 LE FILAFDRE,
CÉPHISE
Jugez de mon humeur par cette expérience , Et ne m'obligez plus à tant de patience.
O ciel ! peux-tu souffrir ?....
CÉPHISE
Adieu; certain souci Fait que j'aime à rêver : laissez-moi seule ici.
Le temps le vengera , cruelle , dédaigneuse ; Et le ciel punira ton humeur orgueilleuse,
(Il sort.)