SCÈNE III
NÉRÉE, CÉLIDOR.
CÉLIDOR.
Quelques nouveaux pensers t'arrêtoient en ce lieu?
NÉRÉE
Ou communs ou nouveaux, -il ne t'importe; adieu.
(Elle veut sortir. )
CÉLIDOR, la retenant.
O dieux! quelle froideur sur ce visage est peinte! Nerée, ajoute un mot et dissipe ma crainte. Tu trembles, tu pâlis.... Dieux! qu'est-ce que je voi ?
NÉRÉE
Que veut cet insolent? Effronté , laisse-moi.
(Elle sort. )
CÉLIDOR, seul.
D'où provient, dieux cruels, ce changement extrême?
Est-elle encor Nérée, ou suis-Je encor moi-même?
Dieux! quel juste sujet de haine et de rigueur
Altère ses attraits et me change son cœur ?
Nérée, ai-je trahi l'amitié qui nous lie?
Tu tremblois à ma vue , et ta face est pâlie!
O dieux , qu'opposerai-je à mes naissans ennuis ,
Et qui me peut tirer de la peine oii je suis?
Ai-je par imprudence excité sa colère ?
J'ai soumis toute chose au dessein de lui plaire;
J'ai gouverné ma vie avecque tous les soins
Qui pouvoient de mes vœux rendre ses yeux témoins,
Je n'ai vu que Nérée , et même ma pensée
A d'autres entretiens ne s'est point dispensée.
Depuis l'heureux moment que son bel œil me prit ,
Il plaît seul à mes yeux et seul à mon esprit :
L'ingrate toutefois, sitôt qu'elle m'a vue,
De mes tristes regards a détourné sa vue.
Je reçois des mépris d'où j'attendois des vœux;
La cruelle me nie un moment que je veux;
Et, sans m'entretenir du sujet de sa haine.
Elle laisse ma vie et ma mort incertaine.
Ma mort te plairà-t-elle, inhumaine beauté?
Rage , pleurs , désespoir , aidez sa cruauté :
Vous trouvez h vos coups une âme préparée;
Finissez une vie odieuse à Nérée.
Mort, sur mes tristes jours exerce ton pouvoir,
Puisque je ne puis vivre et cesser de la voir.
Beaux lieux, chers confidens des secrets de ma dame,
Quel accident fatal me chasse de son âme?
Peut-elle aimer ailleurs , et puis-je innocemment