ACTE II, SCÈNE VI
Mais toi seul cependant engageois mes esprits,
Et je ne le souffrois que pour être soufferte
De tes yeux, d'où dépend mon repos ou ma perte. »
Juge? quel je devins : « Madame, dis-je alors,
Je sais que cette gloire excède mes efforts :
Vous feignez seulement cette amoureuse peine
Pour avoir le plaisir de rendre une âme vaine,
Mais il est malaisé, connoissant mes défauts;
Je sais votre mérite et le peu que je vaux :
Honorez Célidor de cette courtoisie,
Et l'aimant, prévoyez sa juste jalousie. »
Mon respect à ces mots joignit de longs discours
Dont Nérée en colère interrompit le cours.
« Bien, ingrat! me dit-elle, un moyen nécessaire
Me fera mépriser et l'un et l'autre frère :
Puisque par ta rigueur mes vœux sont rejetés,
Célidor se plaindra des mêmes cruautés. »
Cette fille, à ces mots, se perdit dans les ombres,
Et me laissa confus sous ces feuillages sombres.
CÉPHISE
Ainsi de Célidor l'espoir sera déçu.
Que t'^témoigne-t-il ? s'en est-il aperçu?
Tantôt en ta faveur j'ai sa grâce implorée, Sans oser toutefois lui parler de Nérée; Car, si j'en puis juger, il l'aime infiniment. Et je crains un malheur de son ressentiment ; Il aura sa colère assez tôt reconnue.
Adieu, je vais chez nous attendre sa venue.
( H sort. }
rSo LE FILANDRE,