‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 425 sur 442 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Ne désavouez point ce que vous ressentez : Vous n'obscurcirez point votre rare mérite, Et le nombre aujourd'iiui rend ce crime licite.

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K^ui moi! j'aime Filandre? Il a la vanité De prétendre du droit dessus ma liberté? Ses aimables regards ont mon âme embrasée? Aurois-je tant brûlé sans m'en être avisée? Ai-je poussé pour lui des soupirs amoureux? Que ma fortune est grande et jnon destin heureux!

Pour vous estimer tant, le sort ni la naissance N'ont point en si haut lieu porté votre puissance; Je ne serois pas vain de votre affection, Et ce n'est pas l'objet de mon ambition. Croyez-vous au rapport de ce mélancolique, Dont la jalouse humeur rend l'esprit frénétique; Qui croit que tout objet se rend à vos appas; Qui voit tout ce qu'il craint, et tout ce qui n'est pas?

CÉLIDOR.

J'ai cru ce que j'ai dit, s'il est vrai que je veille: Et l'on dément en vain mon œil et mon oreille. Hier tu vis Céphise , et j'entendis ta voix : De quoi lui parlois-tu sur le bord de ce bois?

D'adoucir de sa sœur la rigueur inhumaine. Et de rendre son cœur plus sensible à ma peine.

CÉLIDOR.

De cela seulement?

Puisque tu m'entendis, Que me demandes-tu? tu sais ce que je dis.

CÉLTDOR.

Que Nérée, imposteur, t'importunoit de plaintes, Mais que tu résistois à ses douces atteintes; Que tu plaignois son mal et ne l'allégeois pas , Parce que tu languis pour de plus doux appas.

WÉRÉE.

O le doux entretien !

Combien la jalousie Cause d'illusions en notre fantaisie!

O dieux! comme l'amour trouble le jugement, Et comme ce qu'on craint on le craint aisément!

CÉLIDOR.

Je conçois, malheureux, où tendoit ta malice. C'est trop ; n'ajoute point l'outrage à l'artifice : Qu'un autre soit l'objet des fourbes que tu fais, Et ne m'oblige pas aux extrêmes effets. Ni raison d'amitié, ni respect de nature, Ne me divertiroient de punir l'imposture ; Nous ne pourrions sans bruit calmer nos différens ; L'Amour n'entend raison d'amis ni de parens.

FILANDRE, Hant.

Si le jour te déplaît, et si tu bais ta vie. Je pourrois là-dessus contenter ton envie.

CÉLIDOR.

C'est trop délibérer, monstre indigne du jour.

(A Nérëe. )

Madame, que sa mort vous prouve mon amour.

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