ACTE V, SCÈNE III. 6oi
Que je souffre à vos yeux un trépas renaissant Qui punisse le crime et venge l'innocent.
GÉPHISE.
Si Filandre a failli, j'aurai, comme en son crime, En sa punition une part légitime.
N'épargnez point mes jours , et votre allégement S'augmentera, ma sœur, par ce commun tourment. J'ai feint en sa faveur votre amant infulMc; J'ai d'un couple aussi rare excité la querelle. Peint Nérée inconstante aux yeux de Célidor, Qui l'aime toutefois et qui la sert encor. Ainsi le ciel est juste, et mon âme déçue A d'un mauvais dessein une mauvaise issue. Joignez votre colère à l'intérêt des dieux, Qui ne peuvent souffrir ce forfait odieux.
THÉANE.
Cherchons sur le rivage , en ce malheur extrême , Ce butin non du sort, mais butin de soi-même; Et si nous le trouvons, par ses propres efforts Que chacun à i'envi s'immole à ce beau corps.
(Au berger.)
Toi qui sais oîi la Seine a terminé sa vie , Condiiis-nôus en ce lieu, contente mon envie; Et, voyant sur le sien nos corps privés du jour, Viens apprendre chez nous ce triste effet d'amour,
Puisque vous différez le trépas nécessaire Qui répare mon crime et finit ma misère. Je vais trouver sa sœur, dont le ressentiment Pourra contre ma vie agir plus librement.
( Théane , Céphise et Dorilas sortent. )
6o2 LE FILANDRE,
Les objets animés de cette plaine verte N'ouïront plus de mon cœur plaindre la douce perte, Et je n'entendrai plus les amoureux accens Dont ces chantres de l'air me ravissent les sens. Pour la dernière fois mon pied foule les herbes ^ Mon œil de ces rochers voit les têtes superbes, Et mon oreille entend pour la dernière fois Répondre à mes discours les échos de ces bois. Mais j'aperçois Nérée.