‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 441 sur 442 · ACTE V, SCÈNE Vlll. - 6i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vlll. - 6i

J'ai causé ses tourmens , j'ai trahi ses desseins, Et la raison ne peut me sauver de ses mains.

THIMANTE.

Puisqu'à mes longs ennuis tant de bonheur succède.

Que nos maux soient finis par un commun remède.

Me cédant ce trésor vous réparez assez

Le sujet importun de mes malheurs passés ;

Et les crimes d'amour, après la repentance ,

Ne sont ni reprochés ni punis sans offense.

Je vois cette beauté qui me tient sous ses lois

Disposée à donner ce pardon de sa voix.

TIIÉANE.

Je hais la trahison ; mais, quoi que je propose , Je la dois pardonner puisque j'en suis la cause. Filandre, vis content.

Puisque vous l'ordonnez, Je conserve mes jours au malheur destinés; Je vivrai pour vous rendre un éternel hommage.

CÉPHISE

O résolution d'un généreux courage! %

Dans le dessein de vivre il semble autant so^l^rir Qu'un autre souffriroit au dessein de mourir. Filandre, est-il pas vrai? parle d'une âme saine, Tu te vois délivré d'une sensible peine. L'honneur te défendoit d'éviter le trépas; Mais, si je te connois, il ne te plaisoit pas

Puisqu enfin ton amour es^ l'objet où j'aspire, Je dois tout avouer et ne t'ose dédire.

6ï4 LE FILAIS^DRE,

Enfin que ferons-nous , puisque nos vœux sont vains ? Désires-tu l'effet de nos communs destins? Un heureux mariage unira-t-il nos âmes ? Et ressens-tu pour moi de mutuelles flammes?

CÉPHISE

Éprouvons quelque temps nos désirs et nos vœux ;

Songeons-y mûrement; nous sommes fins tous deux.

Ce seroit un malheur fort plaisant que le nôtre,

Si, les ayant trompés, nous nous trompions l'un l'autre.

Songe plus d'une fois au dessein que tu fais :

Tes regards par les miens seront-ils satisfaits?

Chéris-tu mon humeur, ma façon et ma taille?

Ont-elles à tes yeux quelque chose qui vaille ?

Peux-tu sans violence offrir ta liberté

A celle en qui l'Amour mit si peu de beauté?

Tes vertus sont un charme à qui les examine ; Ta taille est d'importance , et ta grâce divine : Tu feras aisément par tes perfections De ma naissante ardeur de fortes passions.

CÉPHISE

Je te plais , c'est beaucoup; il n'est plus nécessaire Que de considérer si tu me pourras plaire : Le tempsWt tes vertus achèveront ce point. Je ris, mais sans dessein; ne désespère point. Si je m'y connois bien, je sens quelque étincelle Capable de produire une ardeur mutuelle : Tu peux attendre un mois.

J'en puis attendre deux.

CÉPHISE

Ce dessein te plaît-il ?

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