ACTE I, SCÈNE I
» Rien ne me plaît que tes appas.
» Tu partages ma flamme; » Partage mon humeur aussi, » Et vis comme je fais ici.
» Filandre. »
A-t-il bien exprimé la douleur cpii le presse? Et sait-il bien toucher le cœur d'une maîtresse?
FLORANTE.
Si bien que ce perfide est le seul qui lui plaît, Et qu'elle l'aime encor, tout volage qu'il est. Tous les jours ses écrits lui font verser des larmes, Et l'ingrat porte ailleurs son amour et ses charmes.
ORANTE
Vous savez donc son nom?
FLORANTK.
Vous le savez aussi.
Las! je n'ai point dessein de cacher mon souci: Je vous dois confesser le mal qui me possède; Je sais qu'il faut parler pour trouver du remède , Et c'est l'intention de ce cœur désolé. Je ne me taisois pas, mes yeux vous ont parlé. Mon mal a sur mon front écrit sa violence ; Vous ne pouvez qu'à tort condamner mon silence. Il est vrai que Filandre a ce cœur enflammé : J'aime , je le confesse: eh ! qui n'a pas aimé? J'ai résisté long-temps à cette ardeur secrète. Et mon intention n'a pas fait ma défaite. La force du vainqueur excuse le vaincu. Je connois maintenant l'erreur où j'ai vécu: Je croyois que l'amour n'étoit qu'une chimère Que l'esprit se forgeoit pour se laisser défaire , Que l'être de ce dieu consistoit en portraits ;
86 LA CELIMÈNE,
Je ne craignois alors ni son arc ni ses traits ,
Et, lorsque je voyois mes compagnes atteintes,
Je blâmois leurs soupirs et j'accusois leurs plaintes.
Mais j'ignorois le mal qui m'étoit destiné.
J'autorise à présent ce que j'ai condamné.
Je crois qu'on me doit plaindre, et que, sans injustice ,
La plus froide ne peut accuser mon caprice.
Dieux! combien je perdrois en perdant ces écrits!
Qui vous les a baillés, et qui me les a pris?
ORAWTE.
Moi-même en vos habits quand vous fûtes couchée; Et c'est où j'ai connu qu'Amour vous a touchée. Certes je fais état de votre élection; On ne peut condamner cette inclination.
Filandre est d'une humeur et d'un esprit aimable, Et sa condition à la vôtre est sortable. Il mérite beaucoup; mais, en peu de discours, Contez-moi de vos \œux la naissance et le cours.
FLORAWTE.
En un bal dont Tirsis honoroit Lisimène , Je vis et j'admirai cet auteur de ma peine : Il me plut, je dis tout, et je ne pourrois pas Compter ses complimens ni figurer ses pas. Son adresse à danser n'avoit point de seconde. Et sa grâce attiroit les yeux de tout le monde; Il remplissoit les cœurs d'aise et d'étonnement , Et tout l'honneur du bal fut pour lui seulement. L'Amour fit naître en lui des ardeurs mutuelles : Il quitta pour le mien l'entretien des plus belles. Je sais bien qu'il m'aimoit, et, sans présomption. Je m'assurai depuis de son affection.