SCÈNE IV
Adorable merveille , En beauté sans exemple, en rigueur sans pareille, Quand voulez-vous tarir la source de mes pleurs? Quand sera votre esprit sensible à mes douleurs ? Ces rochers orgueilleux en des ruisseaux se fondent , Ils entendent mes cris, leurs échos me répondent; Et quarvd j'ai demandé si mon mal inouï Finiroit quelque jour, elles m'ont dit oui. Vous conservez pourtant votre rigueur extrême, Et je n'ose espérer que vous parliez de même.
CÉLlMÈNE.
OÙ peut être ma sœur?
J'implore du secours, A.imable Célimene; entendez mes discours.
L'avez-vous vue ici?
Vous me fermez l'oreille, Pour ne pas avouer mon ardeur sans pareille.
94 LA CÉLIMENE,
Oîi la puis-je trouver?
Dieux ! que de cruauté !
Je parle de mon mal, inhumaine beauté.
CÉLlMÈNE.
Je la cherche partout.
Cruelle, oyez ma plainte.
Donnez un mot au mal dont mon âme est atteinte.
CÉLlMÈNE.
Dieux! que ces importuns me dérobent de temps! Je les fais tous souffrir, ils sont tous mécontens; [ Ce n'est que de mon cœur que leurs plaisirs dépendent - Je n'en possède qu'un, et tous me le demandent. Qui le doit obtenir? qui seront les jaloux? Nul de vous ne l'aura , pour vous accorder tous.
Comparez nos tourmens , considérez nos peines ; W S'ils ont versé des pleurs , j'en verse des fontaines ; S'ils sentent quelque ardeur, je m'en sens consumer", Ils aiment froidement, et je sais seul aimer.
CÉLlMÈNE.
Tous en disent de même.
Et seul je dois le dire, Si la plainte est plus juste où la fortune est pire. Filandre sait mourir s'ils savent endurer; Son inclination ne se peut comparer.
Pour vous j'ai violé l'amitié la plus sainte