CÉLIMÈNE, FÉLICIE
CjéLIMÈNE.
X OURQUOI m'accusez-vous de trop de retenue ? Je ne réserve rien, et mon humeur est nue. Qui peut, si ce n'est vous, chérir mes intérêts ? Et qui doit que ma sœur partager mes secrets?
Quelque si hbre humeur dont un esprit puisse être, Il est bien malaisé qu'il fasse tout paroître : Toujours quelque secret se réserve au dedans, Qui même n'est pas su des plus chers confidens; Et surtout en amour la plus libre est secrète, Et comme elle est aveugle elle est aussi muette. On ne s'ose fier à son meilleur ami , Et le cœur le plus franc ne s'ouvre qu'à demi. Posséder tant d'attraits, être si recherchée , Captiver mille esprits , et n'être point touchée ! Ah! ma sœur, croyez-vous qu'on le puisse estimer? Le ciel vous a-t-il faite incapable d'aimer? Evitez-vous les coups dont toutes sont blessées. Et n'eûtes-vous jamais de pareilles pensées ?