‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 84 sur 442 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

FÉLICIE seule.

O conseil inutile à mon cœur languissant !

On ne craint plus un mal alors qu'on le ressent.

Cet aimable vainqueur a mon âme charmée.

O suprême malheur! ma sœur en est aimée,

Et sa rare beauté me défend d'espérer

Le fruit de le chérir et de le révérer. ,

Que n'ai-je ses attraits! pourquoi, nature avare,

Ne me puis-je vanter d'un visage aussi rare?

Que ne l'ai-je pourvu d'une égale douceur!

Cruelle, devois-tu davantage à ma sœur?

Je le caresserois , il m'ouvriroit son âme ,

Je le divertirois de sa première flamme;

D'un désir mutuel nos cœurs seroient atteints,

Je trahirois ma sœur, je romprois ses desseins.

Oui ; mais qu'auroitLysis ? que dois-je à sa constance ?

Sont-ce là ces ardeurs et cette résistance

Où nos vœux mutuels obligent nos esprits ?

Un autre me peut-il ôter ce qu'il m'a pris ?

O frivole discours! je suis ce qui m'attire :

Ce n'est pas mon dessein qui fait ce doux martyre ,

Et la nécessité d'estimer ce qui plaît

Excuse mon esprit , tout volage qu'il est.

Page 1