‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 118 sur 443 · DES RECOMPENSES SUPERFLUES · texte numérisé non relu

DES RECOMPENSES SUPERFLUES

Les récompenses factices seraient superflues dans les cas où la récompense naturelle est suffisante pour produire l'effet désiré.

Je range dans cette classe toutes les inventions dans les arts qui s'appliquent A l'usage des particuliers. L'inventeur trouvera dans le commerce une récompense naturelle exactement proportionnée à

1 Voyez Traités de législation , tom. i , chap. v , sect. 3, pag. 109 et suiv.

* Le parlement britannique a accordé, en deux fois, vingt mille liv.sterl. au docteur Jenner, l'illustre inventeur de la vaccination.— C'était peut-être plus à titre d'indemnité que de récompense, au moins de récompense proportion née au service : je dis indemnité, parce que les travaux, les recherches , les correspondances , le temps employé à écrire , à instruire , à établir son nouveau système , étaient

l'utilité de sa découverte. Après le plus mûr examen, le souverain ne saurait trouver une mesure aussi juste que celle-là. Tout ce qui appartient au gouvernement , c'est d'assurer à l'inventeur la totalité des fruits de son industrie , et c'est ce qu'on fait par un privilège exclusif, accordé pour un certain temps. Nous en parlerons ailleurs plus en détail.

Il y a quelques années que le parlement britannique accorda trois mille livres sterling à un médecin pour la découverte d'une teinture jaune. Cette gratification n'était pas blâmable ; mais était-elle néces* saire? Toute découverte dans les arts ne peut avoir de mesure plus exacte de son utilité que son succès dans le commerce. Une somme fixe était donc une perte pour l'inventeur ou pour l'État : pour l'inventeur, si elle était moins que ce qu'il eût gagné par un privilège exclusif; pour l'État, si elle était plus. En un mot, partout où les patentes d'invention sont établies , la récompense factice serait ou mal fondée ou superflue *.

Je parlerai ailleurs des encouragements a donner aux arts et aux sciences : je me borne à dire ici que plus leur euflure est avancée , moins il est nécessaire de se mettre en frais pour la soutenir. En Angleterre, par exemple, assurer à un auteur le droit de propriété sur ses ouvrages , c'est lui assurer une récompense proportionnelle au service qu'il rend , au moins dans toutes les branches où il y a un nombre suffisant d'amateurs. Il n'y a point de protecteur tel que le public : et sa protection a un avantage décidé sur toutes les autres; elle honore infailliblement ceux qui la reçoivent.

Je n'appliquerai pas des principes sévères aux récompenses assez peu splendides fondées en quelques Etats pour la poésie. Il est des nations où le goût de la littérature est si peu commun, que le souverain lui doit des encouragements et des distinctions. Mais en considérant l'attrait naturel de la poésie pour l'homme né avec ce talent , la prompte réputation qu'elle procure, et le profit qu'il en peut tirer, surtout dans la carrière dramatique , on voit qu'elle ne manque pas de récompenses naturelles , et qu'au moins il faut songer avant tout au déparlement des sciences où les premiers abords sont repoussants , et dont l'utilité est incontestable. Le bonheur de la vie dépend de l'exactitude de nos

autant de sacrifices des profits de sa profession. Sa découverte l'appauvrissait au lieu de l'enrichir. — Le trait le plus honorable, dans les annales des sciences , est le désintéressement avec lequel les médecins , dans toute l'Europe, ont encouragé une découverte qui retranchait une des branches les plus considérables de leur revenu. Quand verra-l-on les hommes de loi rivaliser avec eux pour découvrir et pour propager le système de procédure le plus expédilif cl le plus simple?

RÈGLES DE PROPORTION POUR LA RÉCOMPENSE

connaissances et de la droiture de notre jugement ; or, la poésie n'a pas une tendance bien directe à produire cette exactitude et cette droiture d'esprit. Qu'on cite un exemple d'un préjugé nuisible qu'elle ait combattu , j'en citerai mille où elle n'a fait que les servir et les fortifier. Homère est le plus grand des poètes : quelle place peut-on lui donner parmi les moralistes *? Y a-t-il beaucoup à profiter à l'imitation de ses dieux ou de ses héros? Je le répète , je suis loin de condamner les prix de poésie par lesquels on excite l'émulation de la jeunesse ; je voudrais seulement que les études sérieuses et vraiment utiles obtinssent des encouragements proportionnels.

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