‹ Œuvres de Jérémie Bentham, Volume 2Chapitre 243 sur 443 · DE LA PRÉSENCE DU JUGE A L'INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

DE LA PRÉSENCE DU JUGE A L'INTERROGATOIRE

il fait naître un soupçon de réticence trompeuse ou de disposition à mentir; et si c'est une partie qui s'obstine à se taire , on présume qu'elle sent l'endroit faible de sa cause , et qu'elle doute de son droit.

Craindrait-on que la marche rapide de l'interrogatoire oral ne pût causer une sorte d'élourdissement au témoin et déranger les opérations de la mémoire ? Celte objection a bien peu de fondement dans une procédure publique, où l'individu innocent se sent protégé de toutes parts. Point de crime, point de danger, point de crainte. En ne disant que la vérité, il ne peut être contredit ni par lui même ni par d'autres. L'anxiété est la compagne naturelle de l'invention ; la tranquillité est la compagne naturelle de la mémoire. Il est vrai que le témoin le plus sincère peut commettre une erreur et se corriger lui-même; mais est-ce là se contredire? Non , c'est au contraire montrer son respect pour la vérité , et acquérir de plus grands droits à la confiance. Il parle à des hommes qui ont tous l'expérience de ces erreurs momentanées dont on n'a point à rougir.

2° Questions faites une à une.

Cette forme résulte naturellement de l'interrogatoire oral , mais non pas nécessairement , et il est bon d'en faire une règle ; car un interrogateur peut, dans une cour de justice comme dans la conversation , multiplier les questions sans attendre les réponses. Ce procédé, dans un sens, est absurde, puisque l'une fait oublier l'autre, et que celui qui doit répondre ne sait plus où il en est : mais, dans un autre sens, il est dangereux; car, si votre témoin a des dispositions à tromper, vous l'aidez vous-même , en lui présentant une série de questions , à arranger son plan de réponse ; vous lui suggérez des informations sans lesquelles son invention aurait été en défaut. Il a pour souffleur l'interrogateur lui-même.

5° Chaque question naissant de chaque réponse.

C'est encore la marche naturelle dans l'examen oral, mais on pourrait en suivre une autre. Après chaque question, l'interrogateur pourrait être obligé de sortir du tribunal, et la réponse serait faite en son absence. Mais à quoi cela serait-il bon ? Si la réponse lui est cachée , il ne sait sur quoi se fonder pour aller en avant, et pour rendre le témoignage exact et complet. H est dans le même embarras qu'un joueur d'échecs, qui ne peut savoir quel est le mouvement qu'il doit faire avant que son antagoniste ait joué.

Le témoin fût-il votre ami, aussi désireux de donner toute l'information relative au fait que vous de la recevoir, une règle qui vous empêcherait de

fonder vos questions sur ses réponses pourrait vous être très -nuisible. Mais qu'au lieu d'un témoin volontaire et véridique , vous eussiez un adversaire rénitent et mendacieux , votre condition serait bien empirée , si vous n'aviez pas le droit de l'interroger but à but.

On peut concevoir des cas si simples que toutes les questions pourraient être préarrangées, parce que toutes les réponses pourraient être prévues : mais quand il s'agit d'une affaire un peu compliquée, où les chaînons se multiplient, ce plan est impraticable.

4° Présence du juge, c'est-à-dire du juge même qui prononcera la décision.

Cette considération majeure doit être examinée dans un chapitre séparé.

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