‹ Œuvres de jeunesseChapitre 80 sur 96 · DES PÉRIPÉTIES · texte numérisé non relu

DES PÉRIPÉTIES

Le mot péripétie esl un terme de littérature qui signifie coup de théâtre. Amener une péripétie dans le draine que vous jouez esl un moyen de défense aussi facile à entreprendre que le succès en est incertain. Tout en vous en conseillant l'emploi, nous lie vous cri d mulerons pas les dangers. La péripétie conjugale peut se comparer à ces belles fièvres qui emportent un sujet bien constitue ou eii restaurent à jamais la vie. Ainsi, quand la péripétie réussit, elle rejette pour des années une femme dans les sages régions de la venu. Ait surplus. ce moyen est le dernier de tous ceux que la science ait permis de déeou* vrir jusqu'à ce jour.

La Saint-Barthélémy, les Vêpres Siciliennes, la mort de Lue; les deux débarquements de Napoléon à Frégns, sont des péripétie-, politiques. Il ne vous est pas permis d'en faire de si vastes: unis, toutes proportions gardées, vos coups de théâtre conjugaux ne sei "■! pas moius puissants que ceux-là. Mais, comme l'art de crever des situations et de changer, par des événements naturels, la face d'une seine, constitue le génie; que le retour à la vertu d'une femme dont le pied laisse déjà quelques empreintes sur le sable doux et doré des sentiers du vice est la plus difDcile de toutes les péripéties, et que le géiiie ne s'apprend pas, ne se démontre pas; le licencié en di c i onjugàj se trouve forcé d'avouer ici son impuissance à réduire eu principes fixes une science aussi changeante que les cifcbbsi îilee: , :tli< i fugitive que l'occasion, aussi indéfinissable que l'instinct.

Pour nous servir d'une expression que Diderot, d'Alembert. et Voltaire n'ont pu naturaliser, malgré son énergie, une péripétie conjugale se subodore. Aussi notre seule ressource sera-t-elle de crayonner imparfaitement quelques situations conjugales analogues, imitant ce philosophe des anciens jours qui, cherchant vainement à s'expliquer le mouvement, marchait devant lui pour essayer d'eu saisir les lois insaisissables.

Un mari aura, selon les principes consignés dans la Méditation sur la Police, expressément défendu à sa femme de recevoir les visites du célibataire qu'il soupçonne devoir être sou amant: elle a promis de ne jamais le voir. C'est de petites scènes d'intérieur que notre abandonnons aux imaginations matrimoniales, un mari les dessinera bien mieux que nous, en se reportant, par la pensée, à ces jours où de délicieux désirs ont amené de sincères confidences, où les ressorts de sa politique ont fait jouer quelques machines adroitement travaillées.

Supposons, pour mettre plus d'intérêt à cette scène normale, que ce soit vous, vous mari qui me lisez, dont la police, soigneusement organisée, découvre que votre femme, profitant des heures cotisai à un repas ministériel auquel elle vous a fait peut-être inviter, dot1 recevoir M. A — Z. Il y a là toutes les conditions requises pour amener une des plus belles péripéties possibles. Vous revenez assez à temps pour que votre arrivée coïncide avec celle de M. A--Z. car nous ne vous conseillerions pas de risquer un entr'.çie trop lonr Mais comment rentrez-vous?... Non plus, selon les principes de la Méditation précédente. — Enfurieux, donc?... — Encore moins; Vous arrivez en vrai bonhomme, en étourdi qui a oublié sa bourse on son mémoire pour le ministre, son mouchoir ou sa tabatière. Alors, on vous surprendrez les deux amants ensemble, on voue femme avertie par sa soubrette, aura caché le célibataire. Emparons-non- ! ces deux situations uniques.

Ici nous ferons observer que tous les maris doivent être en mesure de produire la terreur dans leur ménage, el préparer longtemps à l'avance des deux septembre matrimoniaux. Ainsi, un mari, du moment où sa femme a laissé apercevoir quelques prrm:. rs s ne manquera jamais à donner, de temps à autre, son opinion personnelle sur la conduite à tenir par uu époux dans les grande- crise* conjugales. — Moi, direz-vous, je n'hésiterais pas » tuer un Imieine que je surprendrais aux genoux de ma femme.

A propos d'une discussion que vous aurez suscitée, vwusscrei a moud à prétendre : - que la loi aurait dû donner à un mari, comme aux anciens Itomains, droit de vie et de mort sur ses enfants, pour qu'il put tuer les adultérins. Ces opinions féroces, qui ne i il i

rien, imprimeront une terreur salutaire i votre femme vous les

e cerez même en riant et en lui disant : — Oh' n oui,

mon cher iinionr, je te tuerais fort proprement, MhtcTiiis-lu à cire occise par moi?...

Une femme ne peut jamais s'empêcher de eraind; e qu i eue plaisanterie ne devienne un jour ires-sérieuse, car il v ■ i icoi lie l'amour dans ces crimes involontaires ; puis les .cinnies. sachant mieux que personne dire la vérité en riant, soupçonnent Mrfols leur? i iris d'employer celle ruse féminine. Alors, quand un «porN sul pi i i s;) icinini

PHYSIOLOGIE DU MARIAGE

n\>. son amant, au milieu même d'une innocente conversation, sa té vierge encore, doit produire l'effet mythologique de la, célèbre me. Pour obtenir une péripétie favorable en pelte conjonctures, il faut, selon le caractère de votre femme, ou jouer une si eue paihétique a la Diderot, ou faire île I ironie comme Cicéron, ou sauter sur des pistolets chargés a poudre, et les tirer même si vous jugez un grand éclat indispensable. Un mari adroit s'est, assez bien trouvé d'une >cèiif île sensiblerie modérée. Il entre, voill'amani et le i liasse d'un regard. Le célibataire parti, il tombe aux genoux de sa femme, déclame mie tirade, où. entre autres phrases, il y avait celle-ci : — Eli quoi! ma chère Caroline, je n'ai pas su l'aimer'... Il pleuré, elle pleure: et cette péripétie larmoyante n'eut rien d'incomplet.

Nous expliquerons, à l'occasion de la seconde manière du. :t peut se présenter la péripétie, les motifs qui obligent un mari à moduler cette scène mit le élégie plus ou moins élevé <le la force féminine. Poursuivons ! Si voire Dormeur veut ipie l'amant soit caché, la péripétie sera bien plus belle, Pour peu que l'appartement ail été disposé selon les principes consacrés par le Méditation XIV. vous reconnaîtrez facileil l'endroit où s'est blotti le célibataire,, se lùi-il, con'ime le don Juan de lord Byrbp, pelotonné sous le coussin d'un divan. Si, par hasard, voire appartement est en désordre, vous devez eu avoir une connaissance assez parfaite pour savoir qu'il n'y a pas deux endroits où un homme puisse se mettre.

Enfin, si par quelque inspiration diabolique il s'était fait si petit qu'il se tût glissé dans une retraite inimaginable (car on peut tout attendre d'un , élibâtaire), eh' bien' ou voire femme ne pourra s'empêcher de regarder cet endroit mystérieux, ou elle feindra de jeter les yeux ^ur un côté toul opposé, et alors rien n'est plus facile à un mari que de tendre une petite souricière à sa femme. La cachetie élant découverte, vous marchez droil à l'amant. Vous le rencontrez!... là. vous tacherez d'être beau. Tenez constamment votre tête de trois quarts en la relevant d'un air de supériorité. Celle attitude ajoutera beaucoup à l'effet que vous devez produire. La plus essentielle de vos < bligalions consiste en ce moment à écraser le célibataire par une phrase très-remarquable, que vous ;mrez eu lout le temps d'improviser; et, après l'avoir terrassé, vous lui indiquerez froidement qu'il peut sortir. Vous serez Ires-poli, mais aussi tr u ■ la

hache d'un bourreau, et plus impàssibl que la loi. Ce mépris glacial amènera peut-être déjà une péripétie dans l'esprit de votre femme. Point de cris, point de gestes, pas d'emportements. Les nom m : des hautes sphères sociales, à dit un jeune auteur anglais, ni -Ment

jamais à ces petites gens qui ne sauraient perdre une fourchette sans sonner l'alarme dans tout le quai

Le célibataire parti, vous vous trouvez seul avec votre femme; et, dans celle situation, vous devez la reconquérir pour toujours.

En effet, vous vous placez devant eil( n de ces aire

dont le calme affecté trahit des émotions profondes; puis vous choisirez, dans les idées suivantes que non- vou forme d'amplification rhétoricienne, celles qui pourront convenir à ïo- principes : — Madame, je ne vous parlerai ni de \'03 serments, ni de mon amour; car vous avez trop d'esprit el moi trop de fierté pour que je vous assomme des plaintes banales que tous les maris sput eu droit de faire en pareil cas; leur moindre défaut alors est d'avoir trop raison. Je n'aurai même, si je puis, ni colère, ni res; entiment. Ce n'est pas moi qui suis outragé; car j'ai Iro pour cire effraye de cette opinion commune qui fra lue tpujuur , il de ridicule el de réprobaliun un mari dont la femme se conduit mal. Je m'examine, et je ne vois pas par où j'ai pu mériter, comme la plupart d'entre eux. d'être trahi. Je vous aime encore. Je n'ai jamais manqué, non pas a mes devoirs, car je n'ai trouvé rien de pénible à vous adorer, mais aux douces obligations que nous impose un sentiment vrai. Vous avez toute ma confiance; et vot là fortune, Je ne vous ai rien refusé. Euliu voici la preniii n lois que je vous montre un visage, je ne dirai pas sévère, n^aîs im»roj>aj,eur. C danl laissons cela, car je ne dois pas faire uiuu ■■ :ie dans un moment OU vous me prouvez si énei iniquement qu'il rue manque nécessairement quelque chose, et que je ne suis pas destine par la nature à accomplir l'œuvre difficile de votre bonheur. Je vons demanderai donc alors, en ami parlant à son ami, comment vous avez pu exposer 'a vie de trois êtres à la fois :... celle de la mère de mes enfants, qui me sera toujours sacrée; celle du chef de la famille, et celle enfin de celui... que vous aimez... (elle se jettera peut-être à vos pieds ; il ne faudra jamais l'y souffrir; elle est indigne d'y rester), car... vous ne ao'aimez plus, Elisa. Eh bien! ma pauvre enfant (vous ne la nommerez ma pauvre enfant qu'au cas où le crime ne serait pas commis], pourquoi se tromper?... Que ne me le disiez-vous?... Si l'amour s'éteint entre deux époux, ne reste-t-il pas l'amitié, la confiance?,.. Ne sommes-nous pas deux compagnons associés pour faire une même route? Est-il dit que, pendant le chemin, l'un n'aura jamais à tendre la main à l'autre, pour le relever ou pour l'empêcher de tomber? Mais j'en dis même peut-être trop, et je blesse votre fierté... Elisa !... Elisa !

Que diable voulez-vous que réponde une femme '.'... Il > a m renient péripétie. Sur cent femmes, il existe au moins une bonne de-

mi-douzaine de créatures faibles qui, dans cette grande secousse, reviennent peut-être pour toujours à li les échaudées craignanl désormais l'eau froide. Ce icndanl a est un véritable alexipharmaque dont I rées par des mains prudentes. Pour certain dont les âmes sont douces et craintives, il rit la en

cbetle ou gît 1 amant, dédire- - M. A-Z osi là!... (Ou hausse les épaules.) Comment pouvëï-vôus jouer un JêU à faire tuer deux brèves gens? Je sors, faites-le évader et que cela n'arrive plus. Mai existe des femmes dont le cœur trop fortement dilaté s'anévrisc n us ces terribles péripéties: d'autres, chez le mine,

et qui font de graves maladies. Quelques-unes sont capabh s de nir folles. Il n'est même pas sans exemple d'en avoir vu qui sonnaient ou qui mouraient u,- mort subite, etnous ne cri vous vouliez la mort du pécheur. Cependant la plus jcdle, In pin lante de toutes les reines de France, la gracieuse, l'infot Smart, après avoir vu tuer IVizzio presque dans .-es I. moins aimé le comte de Hothwel : maisc'é' sonl des natures à part.

Nous supposerons donc que la femme dont le port.. I première Méditation est une petite Marie Stuart, et nôils rie iardfe> rons pas à relever le rideau pour le cinquième raiit)

drame nommé le Mariage. La péripétie cota par-

tout, et mille incidents indéfinissables la feront naître. Tantôt k sera un mouchoir, comme dans le More de Venise; ou un u-

toufles, comme dans Don Juan; tantôt ce sera l'erreur de femme qui s'écriera : — Cher Alphonse! — pour cher Adol fin souvent un mari, s'apercevant que sa femm ira

trouver le plus fort créancier, et l'amènera fortuiteineul chez lui uu matin, pour y préparer une péripétie. — Monsieur J orfèvre, et la passion que vous avez de vendre des bijou; n a-

lée que par celle d'en être payée. Madame la comtesse von- ,>it trcnle mille francs. Si vous voulez les recevoir demain (il faut ujoui: aller voir l'industriel à une fin de moisi, Venez Chez elle à : li. Son mari sera dans la chambre ; n'écoutez aucun di le

pourra faire pour voils engager à garder le silence. Parlez I d nt. — Je payerai. Enfin la péripétie est. dans la science du mariage, ce que sont les chiffres en arithmétique.

Tous les principes de haute philosophe

moyens de livré

sont pris dans la nature des sentiment humains, pons les avons irou-

dans le grand livre du mon. le. En effet, de même que les

personnes d'esprit appliquent instinctivement les lois du goût, quoi-

les seraient souvent fort embarrassées d'en déduire les principes; de même, nous avons vu nombre de gens passion aut avec iin rare honneur les enseignements que nous venons d,- déve-

•r, et chez aucun d'eux i! n'y avait de plan i)\t. Le senlinien; de leur situation ne leur révélait que des fragments incomplets d'un

i système: semblable ces savants du •

dont les microscopes n'étau ni pas "ncore assez perl pour

(j.'itr | i êtres dont l'existence leur était

e par leur pâlie:;', génie-. Nous espérons que les observations

présentées dans ce livre et celles qui doivent leur succéder serpni de nature à détruire l'opinion qui fait regarder, par des lue frivoles, le mariage einiiii.- une inéenre. D 'as, uu mari qui

■lie est on hérétique, niicuy que cela même, c'est un homme née a'uresuepJL en rlehai de et qui ne la conçoit pas,

Sons ce rapport, peut-être, ces Méditations dénoncer à bien

des ignorants les m\ i monde devant lequel ils rei errt les

yeux ouverts sans le voir. Espérons encore que ces principes sagti' ment appliqués pourront opérer bien des conversions, et qu'entre les feuilles presque blanches qui Séparent celte seconde partie di la Guei nu civile, il y aura bien des larmes et bien des repentirs. Oui, si, s quatre cent mille femmes : | le nous avons si ni

élues au sein de toutes les trobéerines, aimons à i foire qu'il

n'y en aura qu'un certain iioinin ail mille par exen pie, qui

seron' assez perverses, assez charmantes, assez adi i-sez

belliqueuses, pour lever l'élendard de la GUEISRE CIVILE. — Aux ar mes donc, aux armes !

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