‹ Œuvres de l'abbé Fleury (volume 2)Chapitre 70 sur 131 · THÉOLOGIE MORALE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE MORALE

Mais en quoi les auteurs ecclésiastiques des premiers siècles peuvent être utiles, c'est pour la discipline. Car je ne isois rien qui empêche de la suivre en formant un christianisme tout neuf, et dans des pays où on ne peut dire qu'il faille s'accommoder à la faiblesse qui reste d'une longue corruption. Je crois voir donc que l'on devrait étudier exactement le livre Des constitutions apostoliques , qui est au premier volume des Conciles et ailleurs. Quoiqu'il porte un titre incertain , il est toutefois constamment ancien et du temps des persécutions , et il n'y a qu'à le lire pour en connaître l'uljUté. On y verra toute la morale «t la discipline de l'Église, toutes les précautions avec lesquelles on éprouvait les catéchumènes; la discrétion dont on usait dans l'administration de la pénitence; quelles

étaient les fonctions des diacres, Tordre des assemblées ecclésiastiques , la règle des familles chrétiennes , et tout le reste, que j*ai marqué succinctement dans les Mœurs des chrétiens. Les Apologies de saint Justin^ d*Âthénagore , de Tcrtullicn ; les Lettres de saint Cyprien , les Épttres canoniques de saint Grégoire Thaumaturge, de saint Denys et de saint Pierre, tous deux évoques d'Alexandrie; en un mot, tout ce qui nous reste des trois premiers siècles semble avoir été conservé par une providence particulière pour être les modèles sur lesquels on doit à jamais former les Églises naissantes et réformer les anciennes. Je sais que vous avez de grandes mesures à garder avec les religieux portugais, et d'autres qui , n'étant guère instruits dans l'antiquité, pourraient blâmer des pratiques très saintes, et vous en faire des crimes à Rome; mais je crois qu'il est toujours bon de vous proposer ces grands originaux, pour en approcher le plus qu'il sera possible. Cette connaissance de l'ancienne discipline sufiBra presque pour la théologie morale ; car, dans les ouvrages que j'ai marqués, on verra la plupart des grands principes, et surtout on y apprendra à se servir de l'Écriture, et à l'appliquer pour décider les cas particuliers. On trouvera encore un grand nombre de principes solidement établis sur l'Écriture sainte dans les Œuvres morales de saint Basile , principalement dans ses petites règles. Or il me semble que le meilleur en cette matière est d'avoir des principes, et non pas de vouloir descendre dans les cas particuliers , comme ont fait nos théologiens modernes. Leur méthode à plusieurs inconvénients. Il est impossible de prévoir tous les cas ; il en arrive tous les jours de nouveaux qui embarrassent ceux qui ne les trouvent point dans leurs livres, et donnent occasion d'écrire et d'étudier à l'infini, et de ramasser un grand nombre de cas extraordinaires qui ne sont plus en usage, sinon de salir les imaginations de ceux

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qui les étudient, les remplir d'idées affreuse» et les endurcir au mai. Enfin, cette application à des cas particuliers rétrécit l'esprit, comme la trop longue attention à de petits objets accourcit la vue , en sorte que l'on tombe dans des maximes trop humaines et dans des scrupules judaïques, fort éloignés de la noblesse de la loi de Dieu, que Ton perd do vue insensiblement. Les anciens avaient donc raison d'écrire très peu sur cette matière, c'est-à-dire seulement des canons pénitentiaux ; encore n'étaient-i's connus que des prêtres, et gardés sous un grand secret.

Je vois bien qu'il vous serait plus commode de vous envoyer des traités tout faits : un pour la théologie spéculative, où les mystères fussent expliqués nettement, et appuyés des preuves les plus solides de l'Écriture et des conciles, avec les réponses aux principales objections des hérétiques; un autre pour la théologie morale, à peu près semblable; mais de tels traités noud manquent jusqu'à présent. Les meilleurs évêques de France les demandent pour rinstruction de leurs séminaires. On en a fait la proposition à plusieurs docteurs, et aucun ne l'a encore exécutée. J'espère toutefois que Dieu procurera de notre temps ce secours à son Église.

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