‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 2)Chapitre 196 sur 399 · ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IX

petit voyage de pur agrément , je in§ suis embarqué sur la diligence d'eau qui remonte la Saône de Lypn à Châlons.

LE CAPITAIITE.

Comment ! vous vous êtes embarqué pour Châlons ; eh ! mais , le coche d'où vous sortez en revient.

DUTILLEUL

Attendez donc, c'est là mon aventure. Vous savez, ou vous ne savez pas, que les coches qui remontent et ceux qui descendent se rencontrent et passent la nuit à Mâcon. Après avoir soupe dans une très-bonne auberge , au Sauvage , je me suis couché de bonne heure. A quatre heures du matin je dormais .d'un très-bon somme, quand le garçon d'auberge est venu me crier aux oreilles qu'on allait partir. Je me suis levé , habillé , je suis entré dans le bateau , machinalement , sans me réveiller , pour ainsi dire , et me voilà' installé dans le cabinet de Paris , où je me rendors tout-à-fait. Il y a une demi-heure, à-peu-près , je me suis réveillé. Je suis , monté sur le tillac pour prendre l'air. On étouffe dans ces coches , et je croyais dormir encore , en remarquant que nous descendions la rivière, au lieu de la remonter. Mais voilà qu'une grosse femme , qui se trouvait à côté de moi , dit à son nourrisson qu'elle tenait dans ses bras, un bel enfant, ma foi : — Ne crie pas, mon petit, nous serons à Lyon de bonne heure, tu verras papa, tu veiTas maman... — Comment, à Lyon ? Est-ce que c'est à Lyon que va le bateau sur lequel je suis? — Certainement. — Comment, morbleu!.... Pardon, si je juref^; mais c'est à Châlons que je veux aller. — Mais vous lui tournez le dos. Au milieu de la nuit, encore tout endormi, au lieu de m'embarquer dans le bateau qui allait de Lyon à Châlons, Tome FIL 1 8

274 LE CAPITAINE BELRONDE.

j'étais entré dary celui que vous voyez encore d'ici , et depuis quelques heures., sans m'en douter , je retournais rapidement au point d'où j'étais parti .la veille.

OLIVIEB.

Ah ! c'est drôle.

DUTILLEUL

Ventrebleu! m'écriai-je;.... pardon si je jure, mais je jurais bien plus fort sur le coche , et tous les voyageurs rassemblés autour de moi riaient aux éclats, ce qui redoublait ma fureur, lorsque la diligence d'eau passe devant votre château. Je demande à qui ce beau domaine ? on me répond : Au capitaine Beironde , ancien officier de marine , homme riche , bon , affable , hospitalier. Mon parti est bientôt pris, je me jette dans un batelet, me voilà, et je vois qu'on nte m'a pas trompé en me vantant la société que je trouverais chez vous.

CHARLES, au capitaine.

Il paraît aimable et fort gai. v

LE CAPIXAIITE.

Oui, très-gai. Monsieur, on ne vous a pas trompé non plus en vous disant que j'étais bon, hospitalier.... pour mes amis, et poli pour tout le monde.... Je vais vous donner un guide, des chevaux même qui vous conduiront au i prochain village, où il y a une excellente auberge et où vous trouverez à choisir des occasions pour vous rendre à Châlons.

DUTILLEUL

Monsieur, bien sensible* à votre bon procédé. Ah! j'oubliais... Quand j'ai dit que j'allais m'arréter à votre château, le commis du coche, qui me connaît, m'a prié (le me charger d'un ballot de Paris à votre adresse.

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