‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 2)Chapitre 252 sur 399 · COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE

&q>réMntâe pour b pnmière fois l« ^7 mai 1817.

^^V9^^vi^%f^^^vmi'^v^^>^^^>^^^v^9^mfmwm^t*^0^mt^^^^^*^^^n^^^*^^*^^t^W9^^M^^M^%^^9M^t

JrovE un homme à qui l'on a sourent reproché de ne mettre €fn scène que des bourgeois, je m*élèye tout-àcoup bien haut : ToQi un roi de France au milieu de sa cour.

Trouvera -t- on que j*aie fait parler convenablement le roi, son ministre et ses courtisans? je ne sais; mais je puis affirmer que presque toutes les paroles de Henri lY et de Sully sont prises textuellement dans les Mëmoifies de Sully.

Je fis choix du sujet de la pièce en lisant un article du Spectateur. On y raconte les entretiens duroiPharamond avec son fidèle serviteur Eucrate. Pharamond confie ^ Eucrate comment il a trouvé le secret de faire accomplir à ses courtisans tout ce qu'il veut , eh faisant lui-même telle action qu'ib se croient obligés d'imiter , en ayant l'air de laisser édiapper tel mot qui leur dicte la conduite qu'ils doivent tenir pour lui plaire.

Ce sujet se rapproche évidemment dfi celui des Ma" rionnettesj avec cette différence quid c'est le roi qui agit sur les personnages, tandi» ^ue dans les Manannettes , c'est le sort, ce sont les événements qui les poussent; mais alors il rentre dans celui de la yieille Tante y où l'on voit cette brave dame exercer Une grande autorité sur les vplontés des parents qui convoitent sa succession.

Je ne voulus pas mettre en scène le personnage à

peu près imaginaire de Pbaramond, indiqué dans larticle du Spectateur ; mais i] me fallait un prince bon , spirituel et gai : pouvais -je mieux choisir que notre Hemi IF?

Un auteur qui met en scène Henri IV, serait bien maladroit de ne pas placer à côté dC' lui son fidèle Sully. Il se trouve d'ailleurs tout naturellement dans le sujet. C'est le fidèle Euçrate de l'article du Spectateur. Sully ne joue qu'un rôle secondaire dans l'ouvrage ; mais je crçds qu'il s'exprime avec noblesse et dignité.

L'idée de la pièce est un peu^ fine ; pour qu*elle î^l bien saisie par le public, j'imaginai d'introduire le personnage historique du premier médecin Du {jaurens, à qui j'essayai de donner un caractère observateur et malin. '

Les rôles des deux coun^Mûis, et sur -tout celui de Dangel, courtisan des autres courtisans , ine semblent assez bien tracés. II en est de même dé celui de la jeune veuve : son amour» qui perce à travers sa fierté, la rend assez intéressante : sa compassion^ pour le pauvre Feugères contraste avec ses plaii^tefs contre Porgueil de Feugères en faveur. Elle ne fait pas rire, mais elle fait sourire.

Le rôle le plus embarrassant à faire était celui de Feugères : il fallait qu'il oubliât un instant son amour, et le public n'aime pas à voir un personnage auquel il s'intéresse se livrer à un mouvement d'intérêt personnel. J'ai cherché à pallier sa conduite en lui donnant le langage du dépit ; mais il n'en est pas moins vrai qu'il a un moment d'ivresse.

L'aventure des portes fermées est arrivée à Frédéric IL Il était au spectacle, fort attentif à la pièce qu'on jouait. Il se retourne brusquement , et dit à quelqu'un de sa suite : « Faites fermer les portes. » On s'empresse , on s*inquiète , on se livre à mille conjectures , et l'explication se fait à peu près comme dans ma petite comédie.

Tai regretté de ne pouvoir placer une anecdote plus récente. Un prince traverse la grande galerie de son palais ; il aperçoit dans la foule des courtisans un de ses ministres. Il Tappelle; il lui parle, d'abord avec cabne et à voix basse d'un grand dont il croit avoir à se pl^ndre g^èvement; bientôt, avec colère, élevant le ton et gesticulant comme s'il parlait à la personne même qui avait provoqué son courroux : «C'est ime conduite infâme; c'est « l'action d'un traître; elle mériterait que celui qui s'en « est rendu coupable passât le reste de ses jours dans une « prison d'état. » Puis , il continue sa route , sans laisser au ministre le temps de proférer un mot. I^ ministre retourne vers les courtisans ; il se fait un grand vide autour de lui : on craint de l'approcher; s'il s'avance, on i*ecule. Enfin un plus courageux lui serre la main et, les larmes aux yeux, d'un ton plein de pitié , s*écrie : « Ah! « mon ami! — Eh bien! * — Nous avons entendu... — « Quoi?... » Mais l'ami courageux est déjà rentré dans un des groupes. On assure qu il fallut plusieurs jours pour que la plupart reprissent l'habitude de faire leur cour au ministre.

PERSONNAGES

Page 1