‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 2)Chapitre 258 sur 399 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Pu lAurens, feugères.

FEUGÈRES, s^approchant de Du Laurens.

Qu'il parle de la fierté des autres; nous avons élé au collège ensemble : il avait bonne mémoire alors ; il parait qu'il Ta perdue dans le monde. Pcrurquoi se soifvieadrait-il *de moi ? De quel avïtntage peut être pour sa fortune un simple lieutenant aux Gardes ? Je dois vous . savoir gré de vouloir bien me parler encore , vous premier médecin dé ^ majesté ; mais non , je sais mieux vous rendre justice, Vous nd méconnai^ez pas vos amis. Je pardoaifierais volontiers àDangel son arrogance , son oubli; mai^ laisser sa 8«eur dans l'indigence, tandis qu'il vient briller' au Louvre ! c'est aussi par trop courtisan.'

DU I.AUR£irS.

kkt\ mon cher Feugères, quelle belle étude que la Cour p^ur un «lédecin u^ peu habile à observer tous ces adorateurs de la fortune , tjui vont , viennent , moBtent , descendent , passent ^ et disparaissent ; aujourd'hui enchantés d'êttte nommés à un nouveau poste, pliant sons le poids de leur bonheur ; demain se croyant en droit de prétendre à de plus grandes places , et déjà tourmentés de la rralnte d'être précipités ! Lm voilà vingt .dans cette galerie : ^gardez-les; vous ne verrez qu'une seule figft^e, un même masque, plutôt, bien épanoui , bien satisfait de soi-même et des autres; mais que je leur tâte le pouls,., quelle fièvre d'ingratitude.

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d'envie , de haine et d'ambition ! Et eomme ils viennent s'informer à moi : « L< roi se porte-t-il bien ? A^t-il « passé une bonne nuit? Est-il d'une humeur agréable? » C'est compe s'ils me demandaient : « Le moment « estril favorable? Puis -je solliciter telle grâce? Est-il fc temps de glisser un mot contre tel ministre ? » Pau-* vres gens ! que je les plains , et <|u'ils m'amusentl

4 FEUGÈR^S.

Vous pouvez en rire. Vous êtes le premier dans votre art : votre ambition est satisfaite;. vous n'aves rien à espérer ni à craindre; vous regalrdez le jeu^ ssims tous en mêler ; mais , moi f.....

pu LAURENT» .

Eh bien! vous, jeune, vif,* amn^é d'une noble et louable ambiticm; patienee : vous j)arviepdrez.

Que je souffre de voir* les jeunes gens de -mon âge

poussés par la faveur ou par l'intrigue, et déjam'acca-

blant de leur supériorité L et cependant, qui plus que

moi aurait besoin de faire son çheniin? Une mère à

soutenir, une sceup à marier, et cette soif d'être utile,

de me distinguer, qui me dévore ! Peut-on in^gin^r un

plus grand bonheur, une plus grande gloire, que celle

d'obtenir un mot, un regard d'un roi comme notre

, magnanime Henri-Quatre ? Qmuid cette gloire m'ar-

rivera-t-elle? Dans la» guerre d^ Savoie, j'ai saisi

* l'occasion de bien faire, mais j'ai manqué celle de me

faire remarquer.

\ DU LAUREVS.

Et pour que vos chagrins soient c^pletâ , vous voilà amoureux:

l'SUGSRSS.

Moi! amoureux?

356 UNE mAiNÉE DE HENRI IV.

DV LAUREirS.

De la belle veuve de monsieur de Castenet , de la nièce de ce baron d'Erlange, qui nous quitte si enthousiasmé d'avoir vu le roi. Mon* état n'est - il pas d'étudier^ la maladie Ae chacun? La vôtre ne m'a pas échappé.

FEUGÈRES

£h bien! jugez de mon malh^ur^Une femme riche et bien au-dessus de moil Elle serait moins haute, moins fière, moins dédaigneuse; son oncle se trouverait compromis par une alliance avec moi. Je la vis, pour la prepiière fois , dans une assemblée , il y a dix jours. Je fiis .assez heureux pour danser avec elle. Le lendemain, je- voulus lui parier; un regard m'imposa silence, et, tout d'un coup, 'elle s% prit à rire, avec quelques \^dlimes qui survinrent : j'en fijs défioiicerté, au point qu^ je ine retirai san^ pouvoir trouver une parole. Je l'adore ^ en détestant son rang et son orgueil. C'est pour la voir, au moment oii elle'^ntre chez la reine* que , tous» le^ matins , je viens dans cette salle ; et j'en sors plus malheureux et plus épris de jour en jour. *

^* DU LAURENS

Écoutez : j'^hne à servir m«s amis. J'ai de l'esprit , de la malice, disent-ils, maris un cœur obligeant. Je ne lis pas encore aussi bien dans l'ame de madame de Castenet que dans la vôtre; cependant elle est à la fois bonne , étourdie et fière. J'ai vu qu'elle avait retiarqué votre amour; et une femme est toujours flattée d'être aimee. -

FEUGÈRES

Vous croiriez....

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