ACTE II, SCENE V. Sg
MADAME LÉOITARD.
C'est aussi le vœa de monsieur Doricour et de sa fille ; mais , monsieur , quand on veut se lier avec quelqu'un , il est bon qu'on s'en fasse connaître ; et monsieur Doricour serait bien aise de savoir comment vous vivez avec votre famille, quel est votre sort, quelle est votre ambition.
. DOAICOITR.
Monsieur, ne me croyez pas assez indiscret....
MADAME LJÉONARD.
Ce n'est point une indiscrétion; je suis sAr que monsieur Raymond ne trouve pas d'indiscrétion dans ma demande; quand on n'a point à rougir de sa conduite, on ne craint pas les enquêtes.
RAYMOND
Ma mère demeure avec un de mes oncles, son frère, qui a servi ,' et à qui je dois mon éducation ; c'est lui qui, dès mon enfance, m'a inspiré les sentiments, m'a enseigné les devoirs d'un vrai militaire. Je passe auprès de ma mère dans ce pays tout le temps que me laisse mon service. C'est un bonheur pour moi de pouvoir reconnaîtra, par mes soins, tous ceux qu'elle m'a prodigués ; et pendant mon séjour auprès d'elle, je m'attache à la seconder dans le bien qu'elle fait à tous ceux qui l'entourent.
MADAME LEONARD, à DoricOUT.
Vous l'entendez ; c'est une famille de bonnes gens , comme la vôtre.
RAYMOND
Pourquoi faut-il que la mort m'ait privé de mon fière et d'un autre oncle que je n'ai jamais vu , qui a péri sans doute en voyageant, ettpié ma mère le cesse de regretter ! Un seul homme senîble vouloir troubler
6o M. DE BOULANT ILLE.
l'union de notre famille : c'est un cousin qui s'obstine à plaider contre nous ; ma mère voiéait transiger , mais mon oncle et moi nous lui avons fait sentir que c'était faiblesse plutci que bonté de céder aux méchants.
DomcovtLy à saille.
£h bien ! voilà un homme qui se prononce ; en n'est pas obligé comme avec l'autre de passer d'une opinion à une opinion contraire.
HEimiETTB.
C'est ainsi que je l'ai jugé quand il s'est présenté chez ma tante.
MA.DÂME LÉONARD.
Avec de tels sentiments, si jamais monsieur songe à se marier, je suis bien sûre qu'il ne s'y deddera par aucun calcul de fortune ou de vanité.
LÉONARD, h part.
Allons, voilà ma femme.... ^ *
RAYMOND
Non , certes ; loin de moi ces viles pensées. Il s'en Êiut que je dédaigne la fortune ; mais je n'ai jamais songé à augmenter la mienne. Il s'en faut que je sois sans ambition ; mais c'est à moi seul que je veux devoir mon avancement ; et, dès mes plus jeunes années, je me suis fait une douce habitude de penser que jamais je ne me choisirais une compagne que par amour, par convenance de goûts et de caractère , par désir, par besoin d'être heureux en la rendant heureuse.
DORIGOUR.
Ce jeune homme a, dans Ses discours, dans toute sa personne , quelque chose qui vous attiré, qui vou$ entraîne.... Ten suis touché. Monsieur, tout ce que je