‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 2)Chapitre 5 sur 399 · CÈNE II · texte numérisé non relu

CÈNE II

Ma.oa.xe LÉONARD, LÉONARD.

Tu fiûs bien de ne pas les loger dans la même chambre \ ils se battraient.

Qomme la passion rend les gens communicatif$ ! Nos paysans se formant : les voilà qui Savent, comme à la ville , offrir des épingles et d^* pots-nl^-vin. Quelle bouue et quelle mauvaise réputation ils sont eu train de fiurç w mênie homme ! Ainsi , tout est passiou , tout est préveuUou; c'çstl|iarce que monsieur de Qou* lanville les a ff a^pés dans leur intérêt ^ que l'uu de ces deux paysaps le traite d'homme de bieu^ et qvue l'autre le traite de méchant homme ; il en serait de même ipiand il ne s'agirait que d'w&e différence d'opinions. . H n y a ni honneur ^ ui bouté , ni esprit chez nos en* Demis : chez nos anjâs., il n'y a, lû Ucheté , ni méchan-* ceté, ni sottise^

1IA0A3III& l4ÉgKARI>«

Courage , monsieur Léonard ; perde» votre temps k aire des réflexions sur les voyageurs qui nous arrivent.

i6 M. DE BOULANVILLE.

LIÉONAUD.

Eh ! n^est-ce pas pour ccia que je me suis fait au-^ bergiste, madame Léonard? Né, j'ose le dire, avec un génie observateur que l'éducation et l'expérience ont perfectionné, après avoir amassé quelque argent dans les divers métiers que j'ai été obligé de faire pour gagner ma vie, après avoir eu le bonheur de toucher votre cœur et la dot assez ronde que vous m'avez apportée en mariage , j'ai pensé que je devais me choisir pour retraite un état où, voyant beaucoup de monde, et toujours du monde nouveau , je pusse exercer perpétuellement cet heureux talent d'observer les hommes et les choses. Me voilà depuis un mois maître de la belle auberge du Chevaf-Blanc , dans un gros bourg, tout près d'Orléans, sur la route de Bordeaux à Parjs; et quelles délices pour moi de pouvoir faire jaser tourà-tour le parisien qui veut se dépayser, le provincial qui veut voir la grande ville , la jeune veuve qui va tenter la fortune, l'ambitieux qui, plein d'inquiétude et d'impatience , va briguer une place , et que , huit à dix jours api^, je vois revenir tantôt fier, joyeux, impertinent, vantant son crédit et ses amis, car il a réussi; tantôt ftombi'e^ humAe ou colère, se plaignant des ministre»!^ .de leurs commis, et méditant une pétition à la Chambre des députés , car il a échoué !

MADAME LiOirA.RD.

> Moi, je voudrais que votre manie d'observer ne vous empêchât pas de veiller aux intérêts de votrç maison : nous ne faisons déjà plus^ce que nous devrions faire; et l'aubergiste du Cheval^Noir, à qui notre établissement avait d'abord cause tant d'ombrage, commence à se moquer de nous.

.ACTE I, SCENE IL ij

I^ÉONARD.

Oh ! pour celui-là , je le déteste ; m'enlever le dîner de la diligence y où il se trouve tei^otirs quatre ou cinq originaux pour le moins, Gascons, Périgourdins ou Parisiens ! Cest un intrigant , c'est».*. JE^ bien l qu'estce que je &îs? je blâme la passion chez les autres, et me voilà moi-même partial et passionné! Pauvre» humains! « . «^ .

. MADAME tl£oTiA.tiD. i

Eh! croyezF-vous qu'il^soit bien beau , bien généreux de chercher ainsi à tout savoir pour le seul plaisir d'être instruit ? Et moi aussi , je suis curieuse , trèscurieuse ; mais je ne cherche à pénétrer le éecret des gens, que pour les aider dé me^ conseils. Si je provoque leurs con6dences , c^est pour les consoler dans leurs peines , les flatter dans leurs espérances , les servir mène de teut mon pouVbîr dans leurs desseins. Je tiens fort à mes intérêts; mais je crois les bien oitendre, en m'occnpant hesîucoup de œux d^antrui.

Llà^OlTARD.

Eh bien! c'est à merveille. Tu te mél^ de tout, je ne me m^e de rien , ou de petf de chose. Mais , prends garde ; avec cette ardeur de rendre stfrffc^ , on se prépare souvent des chagrins^ et on ne téivtiaé^pas toujours ceux des autres.'

MADAME LiONAAJD. «

Toi qui te piques de ratsoooer $i juste, prétênds-tu changer mon caractère? Tu n'y parviendras pas plu&t[u'à changer le tien : tu veux te faire- ég<dste , et tu seras toujours serviable et bon homme.

LÉONARD

en ai peur. *

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