COMÉDIE
Elf TROISbAGTES et EN PROSE,
Représentée pour U première foU le lo aoàt iS i $.
Jb Tenais d'essayée de composer une comédie sur un homme à qtp Ton fait une double réputation et qui n'en mérite aucune des deux : je pensai qu'il pourrait être comique de présenter un homme à qui Ton croit les qualités d'un autre, qu'on est tout étonné de trouver fort différent du portrait que Ton s'en était &it , de la réputation qu'on lui attribuait ^ et je 6m les Deux Philiiert.
Pour cette fois je ne me trompai point; la pièce est oon^tée au nombre de mes bonnes comédies. Elle obtint le plus grand suecèk. Ten fus d'autant plus coûtent que le public commençait à ne me jdus g&ter. il était déjà devenu aussi sévère pour les ouvrages que je lui offrais, qu'il s'était montré indulgent pour mes premiers essais.
Les premières scènes somt pefit-étre un peu embai^ ntfsées; mais m'étant décidé à Aire passer le premier acte dans -cme rue, je > crois avoir réussi à choquer le m<}ins possible la vraisemblance. Il se peut k la rigueur que les choses se passent ainsi dans une rue isolée.
C'est un peu la inanière des* opéras comiques de'Sédaine , et je ne dis pas cela comme un reproche que je me fais. L'intervention du traiteur de l'allée des Veuves qui vient demander à Philibert l'homme de mérite le prix du repas servi à Philibert le mauvais sujet , me pamit une exposition heureuse et comique.
Un critique me reprocha d'avoir montré un homme raisonnable comme M. DupaiM:, se choisissant un gendre
laS PRJÉFACE.
sur la parole d'un maître de musique. Mon ancien notaire n'en agit pas ainsi. Il me paraît tout naturel que^ désirant marier sa fille, il demande à Clairville, qui est fort répandu dafts le monde | s'il ne connaîtrait pas quel- .que jeune homme qui convînt à sa fille, tout en se rése;*vant de bien prendre ensuite ses informations. Le lecteur aura sans doute rencontré comme moi de bons
pères de fimille^ qui, dans l'inquiétude de bien marier leur enfant, disaient volontiers à 4out venant: «Trou- « vez-moi donc un mari pour ma fille. »
Un autre f^ritique prétendit que j'aui:^is dû donner plus de développement au rôle de l'homme de- mérite. On m'avait déjà fait un reproche à peu près semblable pour les Marionnettes. On aurait voulu que , dans cette dernière, pièce, je développasse le personnage du riche ruiné autant que celui du pauvre enrichi. Je crois les deux observations vmal fondées. Une des premières rè- ^es, selon moi^ de l'art dramatique, est de tout subor<» donner à un principal personnage. Tous les autres rôles doivent se grouper autour de lui, soit comme rôles d'oppoÂtiou', soit comme rôles servant à développer le caractère de ce principal personnage. Dans les Marionnettes, c'est l'enivrement de Mafeelin que j'ai dû peindre; il me suffit d'avoir indiqué que Dorvilé est ruiné. Dans les Deux Philibert, c'est Philibert le mauvais sujet dont je dois développer le csuractère ; il me suffit d'indBquer que son frère est un homme de mérite.
La fin du premier acte et tout le second, me paraissent comiques et renfermant des détails de mceurs assez vrais. D y a un rôle presque épisodique qui fait rire : c'est celui du cousin Pastoureau^ Franchement, je n'en
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attendais pas autant d'effet , il me. semblait un peu chargé.
Le troisième acte n'est pas le plus fort, ejt cest celui qui réussit le plus à la réprésentation. Je crois y avoir employé un moyen de succès qui n'est pas à dédaigner. C'est plutôt une suite de tableaux qu'une suite.de scènes.
Philibert aané et son valet arrivant tout essoufflés et en désordre , s'asseyaq^^ur des bancs de pierre , sonnant à la grille de la maison de Duparc ; Philibert cadet au balcon du café, tantôt aiguisant sa queue de billard, tantôt buvant un petit verre de liqueur, puis rajustant la toilette de son frère , et de retour au balcon du café s'accusant lui-même : tout cela ^ j^ crois , devait 'plaire dans un temps où le public préfère l'action aux développements.. *
Mais la principale cause du suqcès, c'est que, tout en riant de mon mauvais sujet , on s'intéresse à lui , et qu'au milieu de son libertinage , il est ce qu'on est convenu d'appeler un bon enfant. Cest un grand bonheur pour l'auteur comique d'avoir à peindre un ridicule qui ne retire pas au personnage l'affection du spectateur. Ce bonheiyr m'était arrivé déjà dans M. Musard.
Il y a d'ailleurs dans la pièce un fond de vérité qui dut frapper beaucoup de monde. Il est peu de familles qui n'ait soii mauvais sujet. On le gronde , on l'aime ; on le repousse, on l'accueille; on se plaint de ses iredaines, on en rit; on jure qu'on ne fera plus rien pour lui , et l'on finit toujours par venir à son aide.