ACTE I, SCENE V
DABLANVILLE.
Ah! je le sais fort bien; mais enfin quel sujet?
MADAME SAINT- ALAED.
Quel sujet? Le voici. Je ne vous crois pas fait, Monsieur, pour habiter une maison décente : La mienne fut toujours honnête, je m'en vante. Sur ses hôtes il faut que Ton soit délicat : Vous êtes sans aveu , sans moyens , sans état.
DABLANV1LLE.
Moi , j'en ai vingt pour un : comme on vous calomnie !
MADAME SAINT-ALARD
Oui, l'intrigue, le jeu : vous vivez d'industrie.
DABLANVILLE.
Chacun vit comme il peut.
MADAME SAlïïT-ALARD.
Depuis qu'en ce grenier Vous logez, vous avez oublié de payer.
DABLAIVILLE.
Oublié, c'est le mot, et ma misère est telle!...
MADAME SAINT-ALARD
Je suis fort au-dessus de cette bagatelle ; Je vous aurais encor gardé , j'ai si bon cœur : Mais quoi! de ma maison je veux sauver l'honneur: Votre chambre d'ailleurs me devient nécessaire; Je la donne au valet d'un nouveau locataire, Fort riche, que chez moi l'on met en pension; Il vient finir ici son éducation.
DABLAIVILLE.
Jeune ?
MADAME SAINT-ALARD
Il a vingt-deux ans.
DABLAIVILLE.
Riche ?
MADAME SAINT-ALARD
Fortune immense.
Un tel hôte vaut bien quelques égards, je pense.
DABLANVILLE
Et qui vient à Paris pour la première fois?
MADAME SAINT- AL A RD
Mais que de questions ! Vous comptez , je le vois , Déjà trouver en lui quelque dupe nouvelle ; Ne vous en flattez pas ; il est sous ma tutelle. Nos principes entre eux diffèrent.
DABLANVILLE.
Mais pas tant
MADAME SAINT -ALARD
Plait-il?