SCÈNE IL
SOPHIE, madame SAINT- ALARD.
madame sabnt-alard , d'un air froid.
Quoi! ma nièce, déjà de retour en ce lieu! Comment avez-vous fait pour quitter votre frère ?
SOPHIE
Il va venir. Ma tante est toujours en colère?
MADAME SAINT-ALARD
Vous croyez?
SOPHIE
J'en conviens, ce n'est pas sans raison.
MADAME SAINT-ALARD
C'est fort heureux.
SOPHIE
Ne puis-je espérer mon pardon?
MADAME SAINT-ALARD
Allons , c'est quelque chose encor qu'on reconnaisse Ses torts , quand on en a. N'en parlons plus , ma nièce ; De vos malheurs je suis loin de me prévaloir;
Ce que je fais pour vous est sans doute un devoir ; Mais, sous tant de rapports je vous suis nécessaire, Qu'il est du votre aussi de chercher à me plaire : Une jeune personne, et sur-tout aujourd'hui, Dans le monde, a besoin d'un guide, d'un appui. Je vous en servirai volontiers ; je vous aime. Vous m'offensiez tantôt ; eh bien ! à l'instant même Je m'occupais pour vous d'un établissement Que vous ne pouviez point espérer.
SOPHIE
Moi! comment?
MADAME SAINT-ALARD
Vous avez remarqué cet homme respectable Que , près de vous , hier , je mis exprès à table ?
SOPHIE
Qui ? ce vieux ?
MADAME SAINT- ALARD
Pas si vieux , il n'a pas cinquante ans.
SOPHIE
Eh bien?
MADAME SAINT-ALARD
Votre tournure et vos traits innocents L'ont frappé ; vous avez enfin fait sa conquête.
sophie , en souriant.
Vraiment !
MADAME SAINT-ALARD
Mais n'allez pas suivre ici votre tête: Riche , fort généreux , facile à gouverner , Au mariage enfin nous pourrions l'amener.
Que dites-vous?
MADAME SAINT-ALARD
Je sais qu'il faut de la prudence;