‹ Œuvres de L.B. Picard (volume 4)Chapitre 2 sur 343 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

FLORIMON, DORLIS.

( Ils sortent tous les deux de l'auberge. Dorli's va regarder avec curiosité sous les fenêtres de madame Dercour ; Florimon le suit et V examine. )

FLORIMON.

JjON ! je m'en cloutais ; le voilà en contemplation sous les fenêtres de sa belle; il ne lui manque qu'une guitare et un manteau, et je croirais voir un Espagnol faisant l'amour.

DORLIS.

Toutes les fenêtres sont fermées ; tout est tranquille dans la maison; voilà pourtant l'heure où tous les matins elle va se promener avec sa mère.

FLORIMON.

Ah çà , mon cher Dorlis , vous moquez-vous de moi , s'il vous plaît? Nous menions tous deux à Paris la vie

la plus agréable, la plus déréglée; bien étourdis, bien libertins, bien pauvres, comme de vrais artistes ; enfin, toi, peintre, moi, musicien, nous nous faisions donner tous les jours au diable par nos parents et par nos créanciers. Au dernier tirage de la loterie nous gagnons un terne sec de vingt-quatre mille francs. Vingtquatre mille francs ! Que d'honnêtes gens de notre connaissance les auraient prêtés par amitié à trois ou quatre pour cent par mois , sur de bons nantissements ! Mais nous , en dignes enfants de la gloire et des plaisirs, nous ne songeons qu'à les dépenser le plus promptement possible. Vingt-quatre mille francs ! c'est de quoi faire le tour du monde. Sans prendre congé de personne , nous voilà sur la route de Lyon ; il ne s'agit de rien moins que de pousser tout d'une traite jusqu'à Rome ; et nous nous arrêtons à Montargis !

DORLIS.

Nous n'y devions passer qu'une nuit , et nous y sommes depuis huit jours. Mais que veux-tu ? Le hasard nous fait loger dans une auberge en face de cette maison ; cette maison renferme un trésor, l'adorable Sophie Dercour : je la vois, je l'adore. Le moyen de m'en éloigner !

FLORIMOI.

Et que va devenir le plan superbe que nous avions formé? Grande chère, grand train, et toujours en avant , disais-tu , tant que nous nous sentirons des fonds. Quand l'argent nous manquera, nous regagnerons la France à pied , gaiement et le sac sur le dos ; dans telle auberge où nous aurons été traités en milords à notre passage, il nous faudra, pour payer l'écot au retour, chanter une romance ou faire le portrait de l'hôtesse; cependant nous aurons vu tous les monu-

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