DERVILLE, ANDRÉ
Bon ! les voilà partis. Tâchons de profiter du moment.
ANDRÉ
Ne va pas t'endormir , ne va pas t'endormir , c'est fort aisé à dire ; mais quand on a travaillé toute la journée comme un forçat, qu'il est dix heures du soir, et qu'il faut se réveiller le lendemain à cinq heures du matin, on a besoin de dormir.
(0« voit de la lumière derrière la fenêtre de Constance. )
DERVILLE
J'aperçois de la lumière à une fenêtre : si c'était celle de Constance
ANDRÉ
Commençons par fermer la porte, et mettons-nous là en sentinelle : si je rentrais dans la maison, je ne répondrais pas de moi; au lieu qu'ici, en plein air, je
suis bien certain
{Il ferme la porte, s'assied sur un banc de pierre, et barre la porte en étendant les jambes.}
DERVILLE
Offrir de l'argent à ce valet , il peut me refuser et me compromettre; le menacer, le forcer de m'ouvrir, il me prendra pour un voleur , il criera.
ANDRÉ
Une belle chienne de condition que celle de valet d'un médecin de Joigny ! Panser le cheval , soigner le
jardin, garder la maison, répondre à tout le monde, et pas un moment de repos, pas un pauvre petit moment !
(// s 'endort peu à peu.)
DERV1LLE.
Il s'endort, je crois. Je n'ai d'autre moyen que celui indiqué par Pavaret : une chanson ; mais il en faudrait une qui pût exciter son attention , et me faire reconnaître. {André s'endort tout -a -fait , et Von entend comme dans une rue éloignée un orgue , ou une vielle organisée.) A merveille! ces gens-là semblent envoyés exprès pour m'indiquer l'air que je dois chanter.
(Il chante.)
Sous les fenêtres de sa belle, Soupirer quelques tendres airs, La méthode n'est pas nouvelle , Mais elle est bonne et je m'en sers; Et laissant la triste romance, En vrai soldat , à ma Constance Je répète un joyeux refrain :
Vive l'amour, la gloire et le bon vin.