ACTE II, SCENE XVII. 3o
DERVILLE
Au moins vous déjeunerez avant de quitter Joigny.
ROUGE AU
Parbleu !
PAVARET.
C'est que le capitaine , pour nous faire ses adieux , veut nous traiter magnifiquement. Vous en serez , cher conducteur ?
ROUGE AU
Beaucoup d'honneur certainement; et je me fais un devoir....
DERVILLE
Parlons franchement, cher conducteur; si je vous disais que j'ai à Joigny des affaires où j'ai besoin de mon ami seulement pour deux heures.
ROUGEAU
Comment !
SAINT- HIL AIRE
Que dites-vous?
MADAME SAINT- HILAIRE
Vous avez besoin de M. l'avocat ?
PAVARET.
Avez-vous dans votre route quelque paquet qu'il faille remettre promptement , quelque message important et pressé ; là , de ces choses qui ne souffrent pas de remise?
ROUGEAU
Non pas que je sache; mais....
PAVARET.
C'en est assez. Oh! si votre retard pouvait causer le moindre tort au service public ou particulier, je me ferais un scrupule.... mais monsieur et madame Saint-
3o,4 LE COLLATERAL.
Hilaire qui brûlent du désir de se promener dans la ville....
De nous promener ?
MADAME SAINT-HILAIRE
Nous?
PAVARET.
Et puis ce déjeuner qui nous attend.
ROUGEAU
Mais comment me justifier auprès de mes chefs ?
PAVARET.
Les relais auraient pu se faire attendre plus longtemps ; la diligence ne peut-elle pas verser une seconde fois? une roue ne peut-elle pas se casser? Supposez qu'un de ces accidents fût arrivé... Mais nous discuterons mieux cette affaire à table. (A Derville.) Je te marie à ta Constance. (A madame Saint-Hilaire.) Vous êtes belle comme l'amour. (A Saint- Hilaire.) Vous me lirez votre tragédie. i^A Rougeau.) Nous n'épargnerons pas les pour-boire. (A tous.) Allons déjeuner. (Ils rentrent dans l'auberge.)