ACTE II, SCÈNE XIL
SOPHIE
J'étais loin de m'attendre à une pareille proposition : accoutumée , autant par affection que par devoir , à respecter les moindres désirs de ma mère....
DORLIS.
Je vous entends , mademoiselle. Mon amour , mes regards , mon obstination à vous suivre depuis huit jours n'ont point été remarqués , ou plutôt vous ont importunée....
SOPHIE
Je ne dis pas cela.
FLORIMOIf.
C'est-à-dire que l'heureux Dorlis a su vous plaire.
SOPHIE
Je ne dis pas cela non plus.
MADAME DERCOUR.
Eh mais! que dites -vous donc, mademoiselle? car encore faut-il que vous parliez , et nous ne pouvons pas deviner votre pensée.
FLORIMON.
Ah! madame, ce silence n'est-il pas assez expressif? La pudeur, la timidité permettent -elles à une jeune personne de se prononcer contre le premier vœu de ses parents? Je ne vous ai que trop entendue, mademoiselle : jouissez de votre bonheur, mon ami. C'est vous qu'elle préfère,
DORLIS,
Moi!
SOPHIE
Je crains....
FLORIMON.
Oui, c'est lui ; allons, madame Dcrcour , mère sen-*
sible , aurez-vous la barbarie de vous opposer à la félicité de votre enfant?
MADAME DERCOUR.
Mais, en vérité....
florimon, s 'écriant.
C'en est fait , mes amis , elle consent : eh ! vite , un notaire. (// appelle.) Javotte. Pardonnez si j'en use aussi librement chez vous.
MADAME DERCOUR.
Ah mon Dieu ! liberté tout entière : ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Mais....
FLORIMOI.
appelant.) Javotte , n'est-ce pas ainsi que s'appelle votre servante?
MADAME DERCOUR,
Oui, elle s'appelle Javotte; mais....
FLORIMOI,
Eh ! madame , n'arrêtez pas les élans généreux d'un cœur sensible.
Sophie, a Dorlis.
Eh mais! pourriez - vous m'expliquer ce que veut dire tout ceci?
DORLIS.
Vous m'en voyez surpris et enchanté , mademoiselle ; et vous?
SOPHIE
Je me ferai toujours un plaisir d'obéir à ma mère.
FLORIMON.
{Appelante) Javotte. Ah! la voilà.