SCÈNE IL
VICTOR, FLORIMON, DORLIS.
VICTOR
Eh bien ! est-ce aujourd'hui que nous partons ? Si nous nous arrêtons ainsi dans chaque ville, nous ne serons pas à Rome avant l'hiver.
FLORIMON.
Ce pauvre Dorlis , est-il en état de supporter le voyage ? Il est blessé au cœur.
DORLIS.
Blâmez-moi tant que vous voudrez ; je ne rougis point d'aimer tant de grâces , tant de beauté.
VICTOR
Et pourquoi donc rougir? Je suis bien amoureux, moi qui vous parle. J'aurais été un grand sot si j'étais resté huit jours à Montargis sans y faire quelque connaissance ; mais on sait bien qu'entre amis il faut se quitter; j'ai déjà fait mes adieux à ma belle, tout prêt à recommencer sur nouveaux frais dans la première ville où nous ferons séjour.
FLORIMON.
Voilà ce qui s'appelle un garçon à principes ; mais toi, depuis huit jours, qu'as-tu fait? Tu as suivi ta belle aux promenades , dans la ville : pas un mot, pas un petit billet, des regards langoureux! Eh que diable, quand on est amoureux, on parle, on s'explique, et l'on finit bientôt par s'entendre.
DORLIS.
Oui, dans un amour léger, et qui meurt aussitôt qu'il est né; mais quand on aime pour la vie
VICTOR
Pour la vie ! ah mon Dieu ! c'est un jeune homme perdu.
FLORIMOJY.
Je commence à croire , mon cher Dorlis, que tu n'es pas né pour les grandes choses. Je parie que, dans le fond du cœur, il songe à l'épouser.