‹ Œuvres de L.B. PicardChapitre 44 sur 70 · Tome IX · texte numérisé non relu

Tome IX

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en tremblant le sort d^ ma lettre : elle va m'être renvoyée avec mépris»^ Quelle est ma surprise ! Mon valet a remis ma lettre à une femme de chambre ; il a falFu qu'il attendît plus de deux heures : madame était absente j mais enfin il me sapporté 4ine réponse , et cette réponse est remplie d'une douce componction et d'une pieuse sensibilité. Madame de Frémont a été plus irritée que surprise de ma lettre. D'abord aa Voulait me la renvoyer sans la lire, et maintenant encore on se reproche de me répondre. On a remarqué mes assiduités^ à l'église, on a été touché des discours qu'on m'a entendu tenir dans la maison où l'on me rencontre, mais on s'est gardé de le laisser voir ; enfin si je persiste à marcher dans la Bonne voie , on n'est pas éloigAé de consentir à m'y servir de guide» On me prévient qu'on ne changera pas de conduite en public, car on redoute les regards, les médisances et les malignes interprétations.

Toujours plein de suffisance, je m'applaudis de mon esprit et de la bonne foi de la dévote, a Je savais <r bien, me disas-je, que toutes ces femmes de màgis- « trats n'étaien^ pas toujours si sévères et si pruljes* a qu'elles afFedtent de le paraître.... Mais non ; madame c< de Frémont est sincère dans sa piété; or, ces femmes <c pieuses ont le pœur tendre. Celle - ci n'ft pu rester ' crijisensible à mes grâces, à mon esprit, à l'attention « particulière que je lui témoigne depuis^ trois scr^ « maines. »

La correspondance continue» C'est toujours Dupré qui porte mes lettres à la femme de chambré, ist c'*est toiijours cette même femme de chambre X{ui, après

ET GUILLAUME. " aSg

l'avoir fait attendre , lai remet îa réponse. Je remarquais avec joie qu'à chaque lettre madame de Frémont devenait plus sensible et semblait prendre plus d'intérêt à ma conversion ; il est vrai "^ qu'elle n'avait qu'à se louer dé ma discrétion, et qu'à Téglise, i5u ch^z le vieux chevalier de Saint-Louis , pet*sonne ne ^e doutait de notre intelligence. ^Ge]pendant dans la maison du chevalier je me permettais quelques œillades , quelques soupirs , et je m'étais flatté qu'on les avait remarqués ^ qd^)n y avi^t répondu. Après trois ou quatre lettres , je sollicite la permission de me présenter chez M. de Frémont. On n'y consent pas, on craint'de se trahir; alors je sollicite, non pas un rendez -vous, mais une conférence chez une dame respectable, amie de ma famille^ d'abord on me refiise, bientôt on hésite, et puis on me demande l'adresse de la dame respectable. J'indique ma petite maison du rempart.

Avec quelle impatience j'attendis l'heure du rendezvous ! Avec quel empressement je courus à ma petite maison ! Jusqifici je n'ai, trouvé que des femmes frivoles , coquettes ^ faciles. Voila donc enfin une conquête digne^ de moi , vraiment flatteuse pour mon amour- -propre. Une dévote^ une femme tout entière à Dieu W à son mari' qui va consefatir à être à moi! Heureux, trop heureux Eugène! J'arrive; j'apprends quÈ la dame, exacte au rendez- vous , est dans |e petit salon du rezde-chaussée. J'y cours. Je vois une femme assise contre une des croisées ; elle étaife couverte d'un voile. Je me précipite à ses genoux ; elle lève son voile.. Que voisje ? Ce n'eçt pas madame de Frémont ; c'est madame Saint-Hilaire , cette femme encore plus vindicative que

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coquette ^ que j'avtds tammée de Spa ^ et qui tenait le serment qu'elle avait fait dé se venger de moîi abandon. Elle avait gagné la femme de chambre de madame ^ Frémont^ c'est elle qui avait reçu mes lettres et qui avait fabriqué les réponses. Madame de Fi^émotit n'avait pas été distraite un instaht* de ses devoirs ,* de son atnour pour son mari , des soinft qu'elle donnait £| l'édu^ cation de sibs enfants. À peine avait -elle apprk mon nom dans la société t^ue je n'avais fréquentée que pour elle. Yoilà ce que m'apprend l'orgueilleuse madame Saint'-Hilaire. Quelle humiliation ! J'étais joué complet tement ; elle, jouissait de ma confiision* £Ile sortit en m'accablant des pliis* cruelles railleries ; elle y joignit la pitié la plus insultante. A présent qu'elle s'était vengée , elle était contente ; je pouvais être tra{u|uiilé, janiais je n'entendrais^ parler d'elle ; seulement elle ne pouvait se dispenser de raconter l'aventure à ei^q ou six dé ses amies. Je iher^engeai sur Dupré. Le sot accourait tout surpris m'apprenne qu'il venait de voir madame de Frénont monter en voiture avec son mari, ce qui ne s'accordait guète àVec le rendeas^vous qu'elle était censée m'avoir donni, et éùfùt je n'avais pâsfAtt mystère à Dupré. «c Imbécille^: maladroit et présomp- (c tij^ux valet, lui dis^je, cour^, rassemble Beauclair et (c mes autres amis; qulk viennent^ qu'ik se Mtent, <c qu'un soUper splendide et délicat soit prêt à leur arm rivée ; c'esjt le seul moyen de te soustraira à mon « ressentiment, d Dupré me ramena bientôt quelques^ uns de mes fid^es compagnons de débauche. Nous passâmes là nuit dans la ^lus bruyante orgie.'

Mais le ^ndemain, que j'étais cotifos ^ en pensant à

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ce qui m'était arrivé 1 fJ0 croyais ijéja que mon aventure était «ue de tout Pafi»; il me ^mbWt, Ure àm& tous U^ yeux %u'i>n. $e moquait de imoi. J'aurais été trop heureux: d'en être quitte pqur la peiir. Màdam? Saint-» Wlme^ vie tiiit sa parole, et publia l'excelieut tour qu'elle m'avait joi^é. Peudjt'uittroi^ jours, je fus en butte aux , mauvaises plaisanteries de ,mes amis, et tput-àfait perdu de réputation.

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