Tome IX. * îQ
ft88 EUGENE
« VOUS confier mon bonheur. Vous sentez * qu'entre « deux personnes qui s'aiment comme nous nous ai- «( mons , i'un ne peut rien avoir qui ne soit commun à ic l'autre^ Aussi nous nous sommes fait, par contrat a de mariage, une donation entière et mutuelle. M. de a Mérinville n'a pas de bien; je smi riche, ^t c'est une « grande conselation pour moi de penser que , s'il a le « malheur de me perdre , mes biens appartiendront a après ma mort à celui que j'aurai tant, chéri pendant « ma vie. Jfe -manquez pas, je vous prie, mon cher « neveu , dans votre première lettre à votre père , de c( lui aniioncer mon mariage et nltSn bonheur. » Tétais resté muet et interdit pendant cette fâcheuse confidence. Je ne sais si ma tante aVait dessein de me railler'; mais elle continua de me parler de sa tendresse et de son bonhepr de manière à me faire perdre patience, et je crus voir dans les discours de mon nouvel oncle une joie maligne et ironique. Aussi n'eut-il pas à se louer de mes réponses. Jç balbutiai quelques compliments à ma tante; je la remerciai de la confiance ^ dont elle m'honorait; je prétextai je ne sais queUe indisposition , et , dans la nuit , j'envoyai chercher des chevaux de poste. »
«Ainsi mon cousin ift'a déshérité; il m'a fallu renoncer à la succession de mon ohcle,.et ma tante est mariée. Que le diable emporte tous mes parents I II ne me reste plus poiir' le moment que la pension x[Ue me fait mon père, «t, en perspective, les décris de sa fortuife. »
Tout en plaignant Beauclair, je ne puis m'erapêcher
de rire des différente^ disgrâces qu'il» avait éprouvées auprès -de 'ses parents^ mais' il »riie fut impossible de rire d'une- autre aventure qu'il me radonta.
le lui jurais qu'il poùyaît compter sur moi : « Cher et bon Eugène, me dit -il, je n'en ai jairiais douté ; mais atjeilds : tu ne sais; pas encore tous mes' malheurs pendant <5e fatî^l vpyage* En quittant 'ma tante, je hi'apercus qjylc^ ma. bourse était à se^, et qu'îline restait tout au plus de quoi payer la .poste jusqu'au petit' ca.stel de mon père, qui est aux environs de Nantes.. Cela ne m'empêcha pas, en arrivant à Nantes, d'affilbhçr un grand ton dans mon auberge et de faite beaucoup d^ dépeipse à' crédit. Je comptais n'y rester que vingt-quatre heures ;*m8âs, le soirniéme de mon arrivée ' Mi Keridec, vieil armateur'^e ISaint-Domi»gue, qui yenait dç débarquer à Paimbeuf,) descendit à mon auberge avec sa feittrtie, jeune et 'vive créole. M. Keridec rapportait en France une fort jolie fortune. Sa femme sur -tout avait; un écrin magnifique. C'était le fruit d'unîB riclie prise faite dans la dernière guerre; EUe me trouva plus aimable que son 'ms^ri ; e^le me le fit entendre, et je prolongeai mon séjour à Nantes. Ces fe^nmes dès Antilles sont d'une pétulance admirable dans tous leurs 'désirs. Madame iK.eridec brûlait d'alier à Paris, et se désolait de ce que son mari voulait )a confina dans la B^se - Bretagne. Je tsalculai que les mariages faits dains nos colckliies ne sbnt^aâ toujours fort réguliers.; qiie, dans tous les x^as, il ne nje serait pas difficile d'échapper aux recherches et aux poursuites d'un 'vièyiL loup de mer, fort peu au courant des usages et des lois de la mère- patrie. Je proposai à la petite Tome IX. ^ rq
a88 EUGENE
« VOUS confier mon bonheur. Vous sentez * qu'entre « deux personnes qui s'aiment comme nous nous ai- « mons y Fun ne peut rien avoir qui ne soit commun à ic l'autre^ Aussi nous nous sommes fait, par contrat a de mariage, une donation entière et mutuelle. M.de « Mérinville n'a pas de bien; je aiûs riche, ^t c'est une te grande conselation pour moi de penser que , s'il a le a malheur de me perdre , mes biens appartiendront a après ma mort à celui que j'aurai tant, chéri pehdant «f ma vie. ]fe -manquez pas, je vous prie, mon cher « nereu , dans votre prenîière lettre à votre père , de (c lui annoncer mon mariage et nltSn bonheur. » Tétais resté muet et interdit pendant cette fâcheuse confidence. Je ne sais si ma tante aVait dessein de me railler'; mais elle continua de me parler de sa tendresse et de son bonheur de manière à me faire perdre patience, et je crus voir dans les discours de mon nouvel oncle une joie msdigne et ironique. Aussi n'eut-il pas à se louer de mes réponses. Jç balbutiai quelques compliments à ma tante; je la remerciai de la confianci^v dont elle m'honorait; je prétextai je ne sais queUe indisposition , et , dans la nuit , j'envoyai chercher des chevaux de poste. »
ce Ainsi mon cousin ift'a déshérité; il m'a fallu renoncer à la succession de mon oncle,. et ma tante est mariée. Que le diable emporte tous mes parients! Il ne me reste plus pour' le mqment que la pension x[Ue me fait mon père, et, en perspective, les débris de sa fortune. » ' '''
Tout en plaignant Beauclair, je ne puis m'erapécher
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de rire des différente^ disgrâces qu'il; avait éprouvées auprès -de 'ses parents^ mais' il me fut impossible de rire d'une- autre aventure qu'il me radpnta.
le lui jurais qu'A pouvait compter sur moi : « Cher et bon Eugène, me dit -il, je n^en ai janiais douté; mais atjeilds : tu ne sais; pas encore tous mes malheurs pendant ce fatî^l Vpyage^ En quittant 'ma tante, je hi'apercus qiyié^ ma. bourse était à se^, et qu'il me restait tout au pluâ de quoi payer la .poste jusqu'au petit' castel de mon père, qui est aux environs de Nantesu, Cela ne m'empêch^ pas^ en arrivant à Nantes, d'affibhçr un grand ton qans mon auberge et de faire beaucoup d^ dépense à' crédit. Je comptais n'y rester que vingt-quatre heures;* mais, le soir\n}£me de mon arrivée: Mi Keridec, vieil armateur*/Je iSaii^t-Domingue , qui venait de débarquer à Paimbeuf ,. descendit à mon auberge avec sa femme, jeune et 'vive créole. M. Keridec rapportait en France une fort jolie fortune. Sa femme sur -tout avaiç un écrin magnifique. C'était le fruit d'unie riclie prise faite dans la dernière guerre. Elle me trouva plus aimable que son 'mari ; e^e me le fit entendre , et je prolongeai mon séjour à Nantes. Ce;s femmes dès Antilles sont d'une pétulance admirable dans tous leurs *désirs. Madame iK.eridec brûlait d'atter à Paris , et se désolait de ce que son mari voulait |a confina dans la Basse - Bretagne. Je calculai que les mariages faits d^ns nos colotiies ne sbnt ^aâ toujours fort réguliers, ; que , dans tous les xas , il ne nje serait pas difficile d'échapper aux recherches et aux poursuites ^d'un'v^yx4oup de mer, fort peu au courant des usages et des lois de la mare*- patrie. Je proposai à la petite Tome iX > rq
créole un eqlèyement ; elle accepta. Un rWr , après s'être bien assurée que M. Keridec était profondément endormi, elle descendit par un petit escalier « monta dans ma'cbaise-de-poste/sans être vue par les gens de l'auberge, et, au Uéu d^aller chez mon père, me voilà avec elle sur la route de Paris. Madame Keridec, malgré son. caractère vif et décidé, était tremblante , , effrayée ; elle s'accusait, «elle m'accusait; eÇe plaignait
^/son mari qui avait pour elle un véritable et profond attachement , et à qui el}e devait tant de reconnaissance. Je la r^uraisy j^ la c6n$ol^is, je lui jurais un amour éternel. Nous n'étions pas^ à cinquante pas de la ville. , lorsqu'elle s'éçri^ : <a Au* moins mon mari
' « ifaura point à me i:eproche» d'être une femme vile <c et intéressée. Ce n'est que ma personne qqe je lui f< enlève : je n'ai rieii qmporté avec moi y et j'ai laissé fc tout exprès mon écrin ouvert sur la table de notre « chambre , afin de lui prouver qu*en me sépalrant de tt lui je ne veux rien garder d^s riches cadeau^ dont 4 il m'acçmblée. » — « Que 'dites -vous donc là ma» ce dame ; m'éoriai^je à mon tour ? '£h quoi ^ vous n'atez <c pa& vos diamants ? » ^-« « Non , M. de Beauclair, me répondit -elle, je ne. les ai pas. Vous voyez avec <c quelle Confiance je me jetjte dans vos br|is. De grâce a ne m'en faites pas repentit*. Soyez mon protecteur, (i mon appui ,^ comme It. fut ce brave et tnallkeureux <c Keridec, que. j'abandonne pour tou^, et qui va a bientôt gémir de ina perte, d — ^ a Ah! madame, lui dis-je , je' vous aimé plus que ma vie ; mais vdfe regrets •a me percent /le cœur« Votre conduite délkwte Vous
. a honore; mais^Uem'éclaÎFé^ Postllton, arrête; arrête,
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(c postillon. Àh! madame, <]a'allions^nous faire? plonger ce le poignard dans le sein^d^un homme généreux comme a M. KeFidec* J'aurai, le courage de surmonter mon €c amour. Postillon , retourne sur tes pa^. Oui , matt dame , dans le délire de ma passion je vous entraînais « à lin crime ; éclairé par vou^ ^ je dois avoir la £H*ce a de voys rappeler âT Votre devoir età Ja raison. Ou^ K bliez le malheureux; Beauclail* ; rendez vbti^ cqetur au. d trc^ heureux Keridec : c'est lui seul <|ui doit Toca cuper. Mais vaf dopé , va 'donc pli» vite , postillon y « crève tes chevaux. Oui , madame , il y ^ de nîon ce honneur, du votre;.... » Je ne sais tout ce. que je dis encore à Fintéressante épousa de M. Keridec. Inter* dite^ çpnfuse; ne «sachant probablement oe qu'elle doit penser de mm , elle se laisse reconduire comme elle s'est laissé emmener. Son mari, ne s'et»t pas aperçu de sa fuite; il ne s'iq>erçoit pas' de son retour;' il dort aussi profoiidément que lorsque notis sommes' partis.* « Le lendemain je me rends diez mon père. Il s^ répand en plaintes sur son sor.t; il me ^onne des cou'seils en abondance, et- de l'argettt en petite quantité. Je reite trois jouis avec* lui, et je reviens à Paris^ D'autres se pendraient à ma place )inads moi, j'ai , pour me cons^ér, une philosophie à toute épreu've, de grandes ressources dans l'esprit, et ton amitié. «'
Beauclair attendait mes compliments sur cette dernière aventure. Je ne fus pas Jbenté de lui en adresser. Je crovais Voir qqpique chose de vil et* de cruel dans sa conduite avec madame Keridec ; mais il avait si bien établi son empire sur moi, qu'à peine osai-je'lui faire part do mes scrupules : il les traita d'enfantillages. « C'est entre
aga , EUGÈKE
a amis y itie dit-il , qu'il convient d'avoir dé la délicac( tesse, et de ne jamais manquer à l'honneur; mais ce avec les marchand^ , lesaisuriers, les créanciers et les « femmes! Fi doiic ! Voilà mes principes à moi. Jesa- « crifierais vingt maîtresses -pour un ami; et tij. sais « que 9 parmi mes amis, c'est toi qui tiens la première « place. Mets-moi à l'épreuve , mon cher Eugèpe : mon « sahg9 ma vie, ma fortune (dèsque je serai parvenu fc à m'en faire une)^ sont à ton service. » Comment n'aurai^-je pas cjru à l'amitîé de Bëauclaii;? Toutes |es fois qu'il avait une affaire^ c'était moi qu'il prenait pour témoin ; toutes les fois qu'il avait besoin d'argent , c'éjtait à moi qu'il s'adr^saitt Je fis presque autant de visites pour son compte que pour le mien chez le petit juif de la ruefirise-MichO/Il ne diminua paâ sa dépense ; il reprit |a passion du jeu avec la même fureur qu'aux eaux de Spa. Il jouait avec autant de bonheur que le fameu:^ chjsvaUei^^ de Gramm'ont. IL changeait souvent <le maîtresses ; elle^ étaient toutes riches et généreuses.
• Quant à moi, je me .félicitais d'avoir un ami comme Beauclair ^ une "maîtresse comme Ciaifoline. On sait ce ' qu'était ma maîtresse, et mon aitki était déjà devenu, suivait la prédiction de mon cousin César f un vrai chevalier d'industrie.