Tome IX
«c ceux qui n'ont rien. En vous ruinant, je vous plai- « gnais ; je. vous ai vraiment aimé : en voilà bien la « preuve; je crois que j'aurais fait la folie de vous « épouser. Or, quoique je n'aie plus ni chevaux ni « carrosse , je ne suis pas tout-à-fait dans la peine. J^ai « eu tant d'argent de vous et de mon prélat! Et d'ailcc leurs , Dieu siMt oé^ que je vais tirdr dé mon admi* ce nistrateur dfs vivres. Mon dier Eugène, tout est à «c vous* )» Je remerciai Caroline ; elle me pressa. Quand elle vit que ses instances étaient inutiles , elle me souliaita un meîHear sort et oounit chez Ja oomplaisiuiite amie qui lui prêtait son appartement.
«c Ainsi, me disai&-je en regagnant mon hôtel garni , a Ibtift ces honnêt» gens se rejettent de l'un à l'autre^ - « leurs torts envers moi. Mathelia accuse Gaspard ; « Gaspard accttse Matkelin ; fdtts accusent Beauclair ; a Caroline seule a la franchise de s'accuser elle- « même. » •
Repoussé par le comté ée ^^* , éconduit par Duverdier, songeant qM ki soixante miHe francs qui me reviennent, et i^i déjà sont entamés, ne suffiront pas à payer ce que je èoiâ emcore, je m'épouvante de ce qiie je vais devenir.
Au moment ^ù je m'aJbandoniMns à ces tristes réflexions , on frappe à * ma porter Que vois-je ? YwàAé Doriolis , moki |Mréeepteur , que je n'ari pas vu depuis ma sortie du Collège. Jusqu'au moment où j'ai pris l'administration de mes béewsi, on^ a été fcat exact à lui payer la pension viagère de mille fhincs que «non père lui avait assurée après mon éducation ; «lAs, depuis , il n'a presque rien toudié. Craignant de m'itn-
portuner , il a «té en correspondance avec Gaspard. Il a pris patience; mais yotlà bientôt trois ans qui lid sont dus. Il est entré depuis |»eu au collège des Grassins ; il continue de faire des jéducations. Il n'est pas inquiet; mais A n'a pu réftisiC^ plus iong'-temps au désir* de revoir son dber élève. « C'est juste; il Ëiut (c vous payer ^ précieux et sage' instituteur, lui dis-je en riaijLt amèrement ; puis-}e januais assez reconnaître <c les bons soîbs que vous avez pris poiur me Cbrnîef Je ce ccrur, l'esprit et le jugeaneat ?. » '£t croyant vc^r en lui le premier Mitoudr de tosites mes extnavacaïuses , je lui révèle l'affreuse position oik je me trouve ; je im l'eproche , avec indî^|naakMi , sa JMgUgenfie , sa cornplaisance , jet les mauvaises leçons #ofjgueâl et A'im'pertinence qu'il m'a données. L'âge n'avait ÙlU que rendre plu^ ridicaiide le ton doiKsereuK, mignard et par telin de l'abbé' Derioiiii.' H m^ plaignit ; il te justifia. « Eh ! mon cher élève , jne .dit-U , pùuyaîs' je changei* « pour vous mon earaotène porté saturellcflii^nt à Tin^ « dulgence^ à la douceur ? 6'tt vous fs^it un préoep* <c teur sévère, pourquoi m'a^-t-on cboisîi?^ Je l'arrêtai. L'accusation reftombaH sur mon père, sur ma mère; je tremUai d*être ibrcé nm-même .de trottrer des torts à mes parents. La dette envers l'afcbé Dorkiiis av^ait été contractée par mon père : je la i^ardai coaune plus sacrée que les miemaas. U me fallut entamer de nouiFeau ce qui Hie revepaîit daias la. banqueroute de Mathebi. Je transigeai avec l'abbé; je lui remis m. bon papier ce qu'il crut devoir accepter pour le capkad de sa pension , et je le priai de .9^ plus «e déramger pour venir me voir,
Ainsi, après le départ de l'abbé, je me trouvai en<core plus pauvre qu'auparavant. En ôtant de mes soixante mille francs les escomptes qu'il m'avait fallu payer , ce que je venais dq donner à l'abbé , les dépenses qu», pouf vivre , A m'avait fallu faire au comptant , à peine m'en restait-il la moitié.
Comme l'abbe sortait de chez moi , je reçus un billet de Beauclair. Il se confondait en excuses d'avoir été si long-temps sans me voir; il avait eu mille embarras^ mille afîaireis. Il savait tous mes malheurs ; mais il sauvait aussi que je n'avais pas tout perdu avec Màthelin. Quant à lui , il se cachait ; il y avait une contrainte par corps contre lui. Il m'indiquait l'asyle où je pouvais' le voir; il finissait en me protestant qu'il était toujours mon ami , qu'il saurait .me le prouver, en m'indiquant les ressources qui nous restaient, a Jamais, disait-il, un homme d'esprit ne doit perdre la tête.» -^ a Ah ! traître , m'écriai-je ! te flatterais-tu donc encore c< de profiter du peu qui me reste? Gaspard et Mathelin €< sont de misérables frjpsns indignes de ma venc< geance; Caroline est une femme, Doriolis un abbe; a mais le marquis de Beauclair ! c'est lui qui paiera « pour les autres. 7e suis las de vivre ; il faut qu'il m^ « tue , où que je le tue. »
Je sors pour l'appeler en duel. A peine ai-je feit quelques pas dans là rué , q»e je suis entouré par une troupe de recot;s; on me prie poliment de monter dans un fiacre , et l'on me conduit au Fort-l'Evêque , ou je dois être détenu à la requête d'Isaac-Benjamin Salomon , négociant à Paris , Vue Bdse-Miche , jusqu'à
parfait paiement d'une lettre de /change que j'ai eu la sottise de lui souscrire, '