A. ÉDITIONS ORIGINALES
a) Les Caractères de Tliéopkraste^ traduits du grec^ avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle.
Imprimé en lôcSj et mis en vente vers le mois de mars 1688, le livre de la Bruyère fut, cette même année 1688, deux fois réédité à Paris, ime autre à Bruxelles, une quatrième à Lyon.
Les réimpressions qui furent faites à Lyon de plusieurs des éditions de Paris avaient été l'objet d'un contrat entre Etienne Michallet, libraire parisien de la Bruyère, et un libraire lyonnais, Tliomas Amaulry. De même, sans nul doute, Léonard dé Bruxelles reproduisit l'œuvre de la Bruyère avec l'agrément de Michallet. Sauf celles de Michallet, de Léonard, d' Amaulry, d'un autre libraire de Lyon, nommé Baritel, qui traita avec le successeur de Michallet, et enfin du libraire parisien David, toutes les éditions des Caractères qui parurent au dix-septième siècle ou dans les premières années du dix-huitième, sont des contrefaçons.
Comme on le verra ci-après, un premier privilège de dix années fut accordé en 1687 pour l'impression des Caractères ; en lôgS, un nouveau privilège, s'étendant au Discours à P^cadémie, prolongea de dix années la durée du premier. A l'expiration de ce second privilège, en 1707, J.-B. Delespine, successeur de Michallet, en obtint un nouveau de dix-huit années, qu'il céda en 1702 à Baritel, libraire de Lyon, et en 1714 à David, libraire à Paris. La maison David le fit renouveler en 1724, 1783 et 1744. En 1764 les libraires Hochereau et Panckoucke devinrent les titulaires du privilège des Caractères.
Étudiées avec soin, les éditions originales des Caractères (nous nommons ainsi toutes celles qiù furent imprimées du vivant de l'auteur) nous initient, dans certaines pages, au travail de la Bruyère avec autant de précision, pour ainsi dire, que le ferait la lecture d'un manuscrit portant des ratures ou d'épreuves corrigées. La comiiaraison même de divers exemplaires d'une édition est parfois intéressante : nous remercions de nous l'avoir rendue facile les bibliophiles qui nous ont libéralement ouvert leur bibliothèque, particulièrement M. H. Harrisse, auquel nous devons la communication d'exemplaires précieux et qui nous a souvent assisté, dans nos recherches, de son érudition bibliographique, et M. G. de Villeneuve, dont nous répéterons le nom plus loin.
Les variantes que la Bruyère introduisait, d'une édition à l'autre, dans le texte des Caractères, et les additions par lesquelles, de 1689 à 1694, il entretint la curiosité du public, l'obligeaient à surveiller attentivement chacune des réimpressions de Michallet. Il revisait le texte et le modifiait encore au cours même de l'impression. La correction des épreuves ne lui suffisait pas toujours pour amener sa pensée au point de perfection qu'il cherchait. Nous le voyons une fois interrompre le tirage pour donner à
DES ŒUVRES DE LA BRUYERE. i3i
une phrase un tour nouveau, que l'on trouve dans une partie de l'édition seulement*. Bien plus, les feuilles déjà tirées, et alors qu'elles sont toutes prêtes pour la reliure, alors même qu'on vient d'achever la reliure d'un certain nombre de volumes, il ne résiste pas au désir d'introduire dans le texte de nouveaux changements.
Les livres, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer*, passaient d'ordinaire, à cette e'poque, de l'imprimerie à l'atelier du relieur, avant de prendre place dans la librairie. L'auteur, auquel sans doute étaient envoyées les bonnes feuilles à mesure qu'elles se tiraient, recevait de plus, dès que l'impression était achevée, les premiers exemplaires, tant pour ses amis que pour lui-même. La Bruyère, son œuvre sous les yeux, regrettet-il de n'avoir pas modifié telle phrase, tel mot ? s'impatiente-t-il de la découverte d'une faute d'impression qui a survécu à la révision des épreuves? il fait composer aussitôt un carton. S'il en est temps encore, tous les exemplaires auront le carton, collé, avec ou sans onglet, à la place du feuillet qu'il s'agit de remplacer. Le relieur a-t-il commencé son travail, les exemplaires au moins qui sont encore en feuilles en seront pourvus. Les cartons, imprimés en hâte et sans surveillance suffisante, sont plus souvent entachés de fautes que les autres feuillets : la nouvelle composition, avec la variante ou la correction introduite par la Bruyère, contient-elle quelque erreur nouvelle qu'il ne puisse tolérer? il demande un second carton, lequel^ nous le montrerons du moins par un exemple, n'arrivera pas toujours assez tôt chez le relieur pour prendre dans tous les exemplaires la place du premier, déjà substitué, dans quelques volumes, au feuillet primitif. Disons-le toutefois, c'est par rare exception que tous les exemplaires d'une même édition ne sont pas uniformément munis du même nombre de cartons et des mêmes cartons.
Les corrections portant en général sur les remarques qui sont pour la première fois exposées à ce que la Bruyère appelle « l'écueil » de l'impression, c'est la première édition qui présentera les plus nombreuses traces de remaniements : nous y avons compté jusqu'à dix-huit cartons, comprenant vingt et un feuillets. Parmi ces vingt et un feuillets, il en est quatorze que nous avons pu, grâce à l'iieureuse rencontre d'un exemplaire que le hasard a fait passer sous nos yeux, comparer aux feuillets primitifs; la plupart nous ont donné, ici un mot, là un membre de phrase, ailleurs une phrase, qui diffèrent du texte définitivement adopté. Dans les éditions suivantes, c'est surtout le texte des morceaux inédits qui a reçu les retouches de l'auteur. Parfois il fait mieux que de changer quelques lignes ; il est un passage de la i''^ édition qui est l'objet de tels développements, qu'il est nécessaire d'intercaler 4 feuillets supplémentaires; il en est un autre dans la 6"=, où l'introduction de fleux remarques inédites exige la substitution de deux feuillets au feuillet primitif.
Nous avons relevé, pour chaque édition, les cartons que nous avons remarqués. La liste n'est ni complète, ni même peut-être exacte dans toutes ses indications : il est souvent difficile de distinguer sûrement un carton dans un exemplaire relié. Notre énumération montrera du moins presque toutes les traces visibles, sinon toutes, des remaniements subis
I. 8' édition, p. 129 : voyez ci-après, n" 8, p. 146 et 147. — 2. Tome I, p. 9t.
par les éditions originales, et elle aidera peut-être quelques-uns des lecteurs de cette Notice à retrouver, en des exemplaires moins cartonnés que ceux dont nous nous sommes servi, des leçons nouvelles, appartenant à une première réduction. L'étude des cartons des Caractères n'a pas encore été abordée : la nouveauté du sujet fera excuser la minutie de nos remarques bibliographiques et l'appel que nous adressons aux possesseurs d'exemplaires, dont nous recevrons avec gratitude les communications.
Signalées dans les pages suivantes, les variantes que l'examen comparatif de quelques feuillets originaux avec quelques cartons nous a fait découvrir, et parmi lesquelles il en est plusieurs que nous regrettons de n'avoir pu inscrire au bas de notre texte, seront notées, à leur place, dans les Additions et Corrections^.
î. LES CARACTERES de theophraste trabvits du grec, avec
LES CARACTERES ou LES MŒURS DE CE SIECLE, a paris,
Chez EsïiENNE MiCHALLET, premier Imprimeur du Roy, rue S. Jacques, à l'Image saint Paul, m . DC. LXXXVIir. ^fec PrUilege de Sa Majesté. — In-i2'.
PREMIÈRE ÉDITION. Lcs 3o premiers feuillets, non chiffrés, contiennent, avec le titre', le Discours sur Theophraste. Les Caractères du moraliste grec commencent à la page 53, qui devrait être chiffrée 6i (nous reviendrons sur cette pagination), et finissent à la page 149 ', ceux de la Bruyère remplissent les pages i5i à 36o. Le volume se termine par 2 feuillets non paginés, l'un (avec la signature Q) pour le Privilège, l'autre pour VErrata.
L'œuvre personuelle de la Bruyère, venant à la suite des Caractères
I. C'eût été nous exagérer nos devoirs de bibliographe que de nous astreindre à noter toutes les fautes sans exception que présentent les éditions originales ; nous en signalerons du moins une certaine quantité. Comme elles sont plus fréquentes sur les cartons qu'ailleurs, les erreurs d'impression sont parfois le premier indice de l'existence d'un carton qui n'est pas révélée tout d'abord par l'aspect du feuillet; lorsqu'il y a eu double carton, que l'auteur, comme nous l'avons dit, a fait faire un nouveau carton pour le substituer à un autre, il arrive qu'elles servent à distinguer la première impression du carton de sa réimpression.
1. Le même titre, sans le nom de l'auteur, a été conservé pour toutes les éditions publiées du vivant de la Bruyère. Elles ne diffèrent les unes des autres que par l'indication du numéro de l'édition, à la suite duquel, à partir de la !^.', il est dit, dans toutes, sauf la 6^, qu'il y a eu soit révision et correction ; soit, de plus, augmentation ; soit, simplement, augmentation : voyez ci-après les divers titres, chacun à son rang. — Entre du grec et avec il y a un point sur le titre de la i" édition ; deux points sur ceux de la 2'''' à la 7' ; une virgule sur ceux des 8' et 9^. A partir de la 4*, les lignes du titre sont imprimées les unes en encre noire, les autres en encre rouge. — Si nous laissons de côté les fleurons formés d'ornements typographiques, le monogramme du libraire, ainsi que les culs-de-lampe, qu'il n'y a d'intérêt à comparer entre eux que pour les exemplaires annoncés comme faisant partie de la « Seconde édition, » nous n'avons à relever, dans chacune des éditions de Michallet, que deux fleurons gravés, l'un en tète du Discours sur Theophraste, l'autre en tête des Caractères de la Bruyère. L'ensemble de ces fleurons ne présente, dans les diverses éditions, que trois types, l'un signé P. S., les deux autres P. L. S.
3. Le titre fait partie de la première feuille dans toutes les éditions originales de» Caractères.
DES OEUVRES DE LA BRUYERE. iS"*,
de Théophrastc^ comprend quatre cent dix-huit remarcjues (comme l'auteur lui-même les nomme), ou, pour nous servir du mot généralement adopté, quatre cent dix-huit caractères^ si l'on s'en tient au nombre des pieds de mouclte qui séparent ces caractrres les uns des autres. Mais, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par la lecture des pages 3i5 et 334, il «i t^té omis deux desdits pieds de mouche dans la f*^ édition, en tète des remarques imprimées au tome II de la nôtre, ]>. 89, no 23, et p. 225, n° 8 : cet ovibli a été réparé dès la î''" édition. Si nous faisons entrer en ligne de compte ces deux pieds de mouche omis, la i'''^ édition aura pour nous quatre cent vingt remarques ou caractères.
Les corrections indiquées sur le dernier feuillet, qui a été ajouté au volume après l'impression, et dont les pontuscaux sont marqués dans un autre sens que ceux du privilège, sont au nombre de neuf. De ces 0 fautes d'impression, » nous ne citerons que celles qui ne sont pas manifestement imputables à la distraction de Timprinieur; il en est au moins une ou deux qui pouvaient être les leçons du manuscrit :
Page i32 (tome I, p. 77, dernière ligne, et p. 78, i'''^ hgne, de notre édition) : « qui parle », lisez : « qui leur jiarle ». — Page 178 (tome I, p. i56) : « hautes combles », lisez : « hauts combles ». — Page 224 (tome I, p. 269, n" 4°, 3« ligne) : « On est », lisez : « On en est ». — Page 233 (tome I, p. 294, n^ 20, 2* hgne) : « les uns les autres », lisez : « les unes les autres »,
Toutes les fautes n'ont pas été relevées dans cet Errata * . La Bruyère ne les avait pas toutes remarquées; mais, à s'en tenir à celles qui ne lui avaient pas échappé , il aurait augmenté le nombre des corrections de V Errata s'il ne lui eût semblé préférable de remédier à plusieurs d'entre elles par l'insertion de cartons. Pendant que l'on imprimait VErrata^ il fit réimprimer pour le moins vingt et un feuillets, dont la nouvelle composition ne fut pas elle-même, nous l'avons dit, toujours irréprochable.
Parmi les cartons qu'a reçus la i""* édition, il en est qui se trouvent dans tous les exemplaires, sans exception, que nous avons examinés : ce sont d'abord quatre feuillets dont l'addition a permis à la Bruyère d'allonger de huit pages, après l'impression, son Discours sur T liéop liras te ^ puis les feuillets i55-i56 , 177-178 et 221- 222 *.
Parlons en premier lieu des quatre feuillets du Discours sur Théo-
1. Aux fautes d'impression que cite VErrata, il eût fallu, outre toutes celles, moins une (tome I, p. 78, note 1), qui sont mentionnées au bas des pages dans notre texte, ajouter : 7* I>age, non chiffrée : cil ébauche; p. i63, ligne 21 : sans, pour dans; p. 33 1, lignes 8 et 9 : un, deux fois imprimé; p. BSç), ligne 2 : senx, pour sons. iSous ne rappelons pas ici les fiutes de texte signalées ci-après dans les cartons que nous décrirons : aucune n'est relevée dans V Errata. On eût pu même rectifier des erreurs de pagination, telles que celles des pages l3l, 232, 260, 285, 2S8, et celles des pages 26, l65, 16^, et 273, ces quatre dernières correctement chiffrées dans la première impression, et inexactement sur les cartons qui ont été substitués aux feuillets ])rimitifs. — M. Jouaust se i)laint justement dans son édition (voyez ci-;iprès, ji. 170, n° 1 jG) de l'insufiisante attention avec laquelle ont été imprimés les renvois de VErnila; mais deux tout au plus sont fautifs et non trois : ceux qui visent les |)ages 268 [lisez 288) et 344 [lisez 34^); encore lu j)age 288 est-elle effectivement chilfrée 268 dans rédition, \>ar erreur. Le renvoi relatif à l'apostille de la |>age 3o7 est exact.
2. Pour plus de rapidité, au lieu de désigner les feuillets par les deux pages dont ils se composent, nous nous bornerons souvent à indiquer le chiffre de la page du recto.
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phraste^ sorte de fourrure que nous comptons pour un seul et même carton.
Ce Discours^ dans les éditions originales, n'a pas de pagination. A sa suite, dans la i''* édition , la première page des Caractères de Théophrastc , marquée de la signature Ciij, est chiffrée 53. Cette pagination, à première vue, semble irréprochable. Comme le volume est de format in-douze, que la feuille C n'est précédée que des feuilles A et B, c'est-à-dire de 48 pages (y compris le titre, qui fait partie de la feuille A), la page Ciij doit être tout à la fois, s'il ne s'est rien produit d'anormal pendant l'impression, la 5^ page de la feuille C et la 53'' du livre. Mais ici, par cas exceptionnel, si l'on veut bien compter les feuillets sans pagination qui piécèdent la page 53, on en trouvera, non pas 26, mais 3o, c'est-à-dire 60 pages : la page 53 aurait dû, en conséquence, porterie n° 61; l'écart est de 8 pages. Que l'on ne se hâte ])as toutefois d'accuser d'erreur l'imprimerie : lorsque les jiages 53 et suivantes ont été composées et tirées, elles étaient bien les pages 53 et suivantes; et si elles ont cessé de l'être effectivement tout en conservant leur première pagination , c'est que la Bruyère, l'impression achevée, a voulu donner plus d'extension aux considérations sur les ouvrages de mœurs du dix-septième siècle et sur le sien, par lesquelles il termine son Discours sur Théophrastc : nous le démontrerons par la description des feuillets compris sous la signature C.
Comptez ces feuillets : au lieu des 12 feuillets réglementaires que devrait donner la feuille C, il y en a 16, lesquels forment, non pas un cahier, suivant l'usage, mais deux, l'un de 6, l'autre de 10 feuillets. Si nous passons en revue les feuillets du premier des deux cahiers C, nous verrons successivement: i" le feuillet C, dont le feuillet correspondant ou plutôt le feuillet jumeau est, non pas, comme il serait régulier, le feuillet paginé 71-72, mais le 6^ feuillet non paginé du premier cahier; 2» le feuillet C Ij, dont le feuillet jumeau est, non le feuillet 69-70, mais le 5® feuillet du premier cahier; 3° le feuillet C iij, dont le feuillet jumeau est, non le feuillet 67-68, mais le feuillet Ciiij, auquel nous arrivons; 4° le feuillet Ciiij, qui commence la seconde partie du premier cahier et ne devrait pas avoir de signature; 5° et 6° deux feuillets sans signature.
Le second cahier C, qu'il faut maintenant examiner pour achever notre démonstration, se compose de 4 feuillets marqués des signatures C iij à C vj, que suivent, non pas les 4 feuillets sans signature que l'on s'attend à voir, mais 6 feuillets sans signature.
Il y a donc, sous la signature C, 2 feuillets Ciij et 2 feuillets Ciiij.
De cette description et de ces minutieuses observations, que conclure, sinon qu'après avoir relu son Discours sur feuilles imprimées, la Bruyère a voulu en refaire les dernières pages ; que le développement qu'il a donné à sa première rédaction ayant exigé im supplément de quatre feuillets, les imprimeurs ont composé, pour remplacer les feuillets primitifs C et Cij, le premier cahier C tout entier, où ils ont une seconde fois employé les signatures C ij et C iij ; et enfin que les feuillets qui étaient conservés de la première impression, de la page 53 à la page 72, ont formé le second cahier?
Les feuillets 67, 69 et 71 ont été parfois assez habilement rattachés au feuillet 53. Quand on les examine avec soin, on croit y reconnaître des cartons, mais il ne faut pas s'y tromper; ils appartiennent au premier tirage, et c'est le premier cahier C qui est un carton de 12 pages, substitué aux 4 pages où se trouvait la rédaction pri-
DES ŒUVRES DE LA BRUYERE. i35
mitive de l'auteur : comme II forme un cahier entier et sans soudure, ni onglet ni collage ne révèlent l'addition. Puisse l'un de nos lecteurs trouver en quelque exemplaire, relié avant l'impression du carton , la feuille C originaire dans son état régulier, avec une conclusion inédite du Discours sur Tliéophrastc !
Les cartons suivants ne donnent lieu à aucune observation. Le premier feuillet i55-i56 a reçu, au recto, les 8 dernières lignes de la préface qui précède les Caractères de la Bruyère, et, au verso, la première page de la table de ces Caractères ; le carton 177-178 contient les remarques i3, i5, 16 et 24 du chapitre du Mcr'tte personnel dans notre édition; et le carton 221-222 les remarques 17, 18, 26 et 2 2 du chapitre des Biens de fortune.
Ces cartons, avons-nous dit, sont communs à tous les exemplaires que nous connaissons. Nous croirions en devoir dire autant de quatorze autres, si nous n'avions fait rencontre d'un exemplaire auquel ils manquent, et qui a conservé les feuillets primitifs. Ce volume, il faut le désigner, a pris place, pendant le cours de l'impression de cette Notice^ dans la bibliothèque de M. G. de Villeneuve, dont l'amicale obHgeance nous a permis d'achever à loisir l'examen que nous en avions précédemment commencé. Nous le tenons en ce moment, dèrelié^ dans nos mains, n'ayant encore subi d'autre opération moderne qu'un lavage et la réparation des fonds ^ et se prêtant à l'examen approfondi de chacune des feuilles.
Hors ce volume, hors un autre peut-être où M. Jouaust a lu naguère Tune des variantes que nous signalerons (si toutefois ce n'est pas le même que nous avons vu l'un et l'autre), il semble jusqu'ici que tous les exemplaires de la i^^ édition contiennent, outre les cartons que je viens de citer, quatorze autres cartons, qui sont les feuillets suivants : 97, i65, 167, i85, 187, 191, aSi, 267, 268, 278, 3ii, 3i7, 33i, 353.
Quelques-uns, le premier par exemple, font simplement disparaître des fautes d'impression. Mais lesautres, rapprochés des feuillets qu'ils étaient destinés à remplacer, offrent des variantes dont quelques-unes sont très-intéressantes, et dont l'ensemble permet de se rendre compte d'une partie des raisons qui ont multiplié les cartons dans les éditions originales des Caractères. Passant successivement en revue les pages qui nous donnent les leçons de la première impression, nous indiquerons les corrections et les changements qu'apportent les cartons, et nous soulignerons, dans nos citations empruntées aux feuillets primitifs, les passages modifiés ou retranchés par la suite.
Feuillet 97-98.
Page 97, ligne i, chapitre de F Impudent (Caractères de Tliéopfiraste^ tome I, p. 57, ligne 2, de notre édition), le carton a corrigé une faute d'impression. La page 96 se terminant par les mots : « ou à siffler les acteurs que », avec la réclame les^ la réclame a trompé un imprimeur distrait, qui a commencé la première ligne de la page 97 par la répétition des mots « les acteurs que les autres, etc. ». Le carton a supprimé les trois mots fautivement reproduits.
Feuillet i65-i66.
Page i65, lignes i3 et suivantes (tome I, p. i32, no 46), première impression :
« Le £** G** est immédiatement au-dessous du rien; il y a bien
i36 NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
d'autres Ihres qui lui ressemblent : il y a autant d'esprît à s'enrichir par un mauvais livre, qu'il y a de sottise à l'acheter, etc. »
Le carton, dont le verso est fautivement chiffré 265, donne L; texte reproduit dans notre édition.
Page i66, ligne 8 (tome I, p. i33, n" 47, ligne 8): « C'est faute daetion, de théâtre ». Le carton porte l'interversion qui est demeurée dans le texte définitif.
La réimpression a, de plus, fait disparaître une faute insignifiante en tête de la page i65.
Feuillet 167-168.
Page 167 (tome I, p. iSg, n° 54, ligne 3). La première impression porte, à la fin de la 3^ ligne et au début de la 4®, deux fois le mot mais-^ le carton a supprimé cette répétition et introduit, aux lignes 18 et 19 de la même page (p. 140, ligne 8), la correction suivante :
Première impression : « C'est l'esprit qu'il avoit sublime , à qui il a été redevable.... » La Bruyère a fait imprimer sur le carton : « auquel il a été redevable ».
Sur la page 168, chiffrée 268, autre correction, lignes 6 et 7 (p. 140, lignes 4 et 5 en remontant) : Première impression : « admirable certes »; sur le carton : « admirable iwr/ou? ».
La Bruyère, on le voit, faisait réimprimer le feuillet 167-168 pour y remplacer, ici comme en maint autre endroit, le relatif à qui^ et pour effacer le mot certes, qu'il laissait subsister dans un autre passage de la même édition (voyez la Préface du Lexique^ p. 11, note i); la réimpression permit de placer plusieurs apostrophes oubliées, et de faire disparaître, comme on l'a vu, la faute de la page 167; mais on omit de corriger, p. 168, une autre faute : « riche sans ses rimes », lisez : « dans »,
Feuillet i85-i86.
Page i85, 7." alinéa : // échappe etc. (tome I, p. 174, n° 14). Dans a première impression cette remarque n'est pas précédée d'un pied de moucJie ; le carton au contraire la sépare, au moyen de ce signe, de l'alinéa qu'elle suit.
Page 186, l'alinéa : Telle femme évite (tome I, p. 175, n» 18) est précédé d'un pied de mouche dans la première impression ; le carton le supprime ; il ne reviendra dans aucune des éditions suivantes. Le même carton rectifie de plus, à la 11^ hgne, l'ancienne orthographe auec^ et, à la 14® ligne, l'accentuation du mot borné ^ imprimé d'abord ^or«e (tome I, p. 178, n° 3i, note 5).
Feuillet 1 87-188.
Page 187, ligne 6 (tome I, p. 180, n» 35, ligne 1), première impression : « aux couvents » • le carton porte « aux couvents ». L'orthograjihe couvent n'a été maintenue que jusqu'à la 6^ édition. La 7^ et les suivantes reviennent à couvent.
Page 188, ligne 10 (tome I, p. 178, n" 32, ligne i), première impression : « liypochondre » ; sur le carton : « hipocondre».
Feuillet 1 91-192.
Page igr, lignes 12 et i3 (tome I, p. 189, "059), première rédaction : « d'une jeune fdle un si violent amour, à qui » ; sur le carton : « d'une ']evmc personne, lui si violent amour, auquel ».
DES ŒUVRES DE LA BRUYÈRE. iS;
Feuillet aSi-îSî.
Page 252 (tomel, p. 338, n° i), première impression :
« La prévention du peuple en faveur de ses princes est si aveugle....
que s'ils s'avisoient d'être bons, celairoit à ridolâtrie, le seul mal sous
ce règne que Pon pouvait craindre. »
L'application aux princes était hardie : la substitution des grands
aux princes et la suppression du dernier membre de phrase, lequel eût
pu déplaire à Louis XIV, rendirent la remarque moins dangereuse.
Feuillet 257-258.
Page 257, lignes 12 et i3 (tome I, p. 353, n» 42, ligne 3), première impression : « Le centre des meilleures choses, à qui ils rapportent ce qu'ils lisent » ; sur le carton : « à quoi ils rapportent ».
Page 258, lignes 2 et 3 en remontant (tome I, p. 354, n" 44, lignes 8 et 9) : les mots Hommes et d'a«.f, imprimés d'abord avec abréviation [liâmes et t/ôs), sont en toutes lettres dans le carton.
Même page, ligne 14, il s'est glissé une faute dans le carton : « tout le moins », pour « tout le monde ».
Feuillet 263-264.
Page 263, lignes 7-9 (tome I, p. 378, n" 16), première impression : « Le plaisir d'un roi qui est digne de l'être est de l'être moins quelquefois » ; sur le carton : « dCêtre moins roi quelquefois ». La Bruyère est revenu, dès la 2**° édition, à la première rédaction.
Dans la même remarque, lignes 4 et 5, on a d'abord imprimé : « le bas de soje » ; le carton corrige : « le bas de saye ».
Fautes d'impression sur ce carton : lignes 5 et 6 en remontant, « bornée » a été imprimé « boreée » • la page 264 a été chiffrée i64.
Feuillet 273-274.
La page 274 contient, dans la première impression, entre la remarque : Il y a des vices (tome II, p. 17, n° i5), et la remarque : Von demande pourquoi [ibidem^ n" 16), qui sont les remarques 5 et 7 du chapitre de P Homme dans la i'"^ édition, une autre remarque de cinq lignes, qu'un carton a fait disparaître, qui ne se retrouve dans aucune des réimpressions suivantes, et à la place de laquelle la Bruyère a inséré la remarque 81 de la page 38 du tome II de notre édition : Une grande âme, etc. Voici le texte de cette remarque sitôt retranchée, que M. Jouaust a relevé le premier', et qu'a conservé l'exemplaire de M. de Villeneuve :
Il j a des gens qui apportent en naissant^ chacun de leur parf^ de quoi se haïr pendant toute leur vie et ne pouvoir se supporter.
« Il est facile de se convaincre par l'examen des deux exemplaires, dit M. Jouaust, qu'ils sont de la même édition. On aura fait un second tirage de la feuille, sur composition conservée, après avoir fait le changement. » Notre avis est tout autre : depuis le chiffre de la page 273, qui, correct sur le feuillet original, est devenu 173 dans le carton, jusqu'au dernier mot de la page 274, la plupart des lignes révèlent une composition nouvelle. Desserrée dans les dernières lignes du premier alinéa de la page 273, la nouvelle composition
I. Voyez ci-dessous, p. 170, n° i36. — Cette curieuse variante est la seule qui ait i;té précédemment signalée parmi les différences de texte que présente l'exemplaire de M. de Villeneuve.
i38 NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
donne une ligne de plus à cet alinéa, ce qui rejette une ligne à la page suivante, et par suite oblige à resserrer les mots des treize dernières lignes de la page 274, de manière à regagner l'espace perdu : remaniements que ne rendait en rien nécessaires la substitution d'ime remarque à une autre, car chacune des deux est de cinq lignes. Nous pourrions de même démontrer, par l'examen des autres cartons, qu'ils portent presque tous les marques d'une composition nouvelle.
La réimpression de la page 278 a permis d'écrire en toutes lettres le mot dans^ d'abord imprimé : dàs. La Bruyère proscrivait ces abréviations, comme l'emploi des i et des « à la place des y et des v.
Feuillet 3 1 1-3 12.
Page 3ii, 3e alinéa, lignes 4 et 5 (tome II, p. ii3, n» 84, ligne 3), première impression : « une grande erreur d'en attendre tout » \ sur le carton : « une grande erreur de «'en attendre rien ».
Feuillet 3 17-3 18.
Page 317 (tome II, p. 90, n" aS). Dans la première impression, 5e ligne, la remarque commence ainsi : « Ce prélat ne se montre point à la cour », et se termine, p. 317 et 3i8, par ces lignes : « et il est imitateur du zèle et de la piété des apôtres. Comment lui est t>enue, dit le peuple^ cette nouvelle dignité? »
Le carton porte : « Ce prélat se montre peu », leçon de toutes les éditions. Le texte de la page 817 ayant été resserré pour gagner un peu d'espace, la dernière phrase de la remarque a fait place à celleci : « Les temps sont changés, et il est menacé sous ce règne d'un titre plus éminent. » Voyez ci-après, p. 228 (addition relative à la page 32 1, VII, lignes 10 et 11), l'explication qu'il nous semble permis de donner de cette curieuse variante.
Feuillet 333-334.
Page 333, ligne 5 (tome II, p. 220, 11° 2, ligne 9), première imj)ression : « celui à qui » ; sur le carton : « celui auquel ».
Feuillet 353-354.
Page 354, lignes 12 et i3 (tome II, p. 254, n" 36, dernière ligne), 1 remière impression : « Cette nature universelle à qui il puisse » ; sur le carton : « à laquelle ».
, Le Privilège du Roi, daté du 8 octobre 1687, qui permettait à Etienne Michallet, imprimeur du Roi et marchand hbraire à Paris, « d'imprimer ou faire imprimer, pendant dix années, im livie intitule : les Caractères de Tliéophraste, avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle », fut « registre sur le li\Te de la chambre syndicale des imprimeurs et marchands libraires de Paris le 14 octobre'. » L'impression de la première édition fut sans doute achevée au commencement de janvier 1688, et les feuilles durent être livrées dans le courant du mois au relieur, en même temps qu'un certain nombre d'exemplaires brochés était remis à l'auteur 2,
1. Bibliothèque nationale, département des Manuscrits, Librairie, registres des privilèges. — Le registre, par erreur, limite le privilège à huit années.
2. Voyez la lyotice placée en tète des Caractères, tome I, p. 91 et suivantes.
Henri Basnage annonçait la publication des Caractères dans son n" de mars 1688 de Y Histoire des ouvrages des savants ^^ et le no de mai en contenait l'analyse et l'éloge'*. « L'auteur, écrit-il, qui nous a donné avec tant de succès les Caractères du siècle^ qu'il a joints à sa traduction de Tliéopliraste, y prévoyoit lui-même mille difficultés. » Après avoir rendu compte du Discours sur Théopliraste^ où « l'auteur, dit-il, fait une comparaison des mœurs d'Athènes avec celles de nos jours, d'une manière qui ressent la liberté d'un républicain, » il aborde l'examen des Caractères^ et conclut de la sorte :
« Enfin il y a ici des maximes d'une grande force et qui sont tirées du bon sens et de la droite raison. Elles ne sont pas à la vérité toutes également bien développées, mais la vivacité de l'imagination Jie souffre pas tant d'exactitude partout. Ce qu'il y a de singulier est qu'en parlant des vices, il caractérise certaines personnes par des traits qui marquent extrêmement. Par exemple, à propos de richesses, il montre comme au doigt les gens dont les aïeux seroient bien surpris de voir leur postérité enrichie de titres superbes, et revêtue de dignités dont ils n'auroient pas seulement osé envisager l'éclat. Il ne s'embarrasse point de désigner certains prélats qui accumulent sur leurs têtes d'immenses revenus de l'Eglise, et qui les englouti-ssent par
une profusion sans bornes et des équipages mondains Lue liberté
si vigoureuse est bien rare aujourd'hui , et cette noble intrépidité fait juger que l'auteur est capable de mettre en usage les préceptes les plus sévères de sa morale. »
I bis. — Les Caractères de Théophraste ^ traduits du grec, avec les Caractères ou les Mœurs de ce siècle. Paris, Michallet, M DC LXXXVIIL Se vend chez Jean Léonard, à Bruxelles, in-12.
Cette édition, publiée en 1688 à Bruxelles, et imprimée en petit texte, contient 28 feuillets préliminaires pour le Discours sur Théophraste^ et 226 feuillets pour les Caractères^ dont 78 pour ceux de Théophraste., et i feuillet consacré au privilège accordé à JMichallet. C'est sur la i^^^ édition de Paris, et sur un exemplaire ayant tous les cartons, qu'a été imprimée l'édition de Bruxelles. Les fautes indiquées par V Errata de cette i''^ édition de Paris sont reproduites dans le texte.
Outre les notes de l'auteur et sans les en distinguer, Léonard a imprimé en manchettes des noms que la Bruyère avait soit indiqués par des initiales ou des étoiles, soit défigurés : p. 86, Hermès ou Mercure galant^ en regard de « H** G** » (tome I, p. 182, n" 46); p. 92, Varillas, Maimbourg^ à côté des noms Z?or(7a^, Handburg (tome I, p. i49, no 66)-, p. 96 : Vignon^ Colasse^h. coté des lettres « V**, C** » (tome I, p. i58, n° 24) ; p. i33, Barbin.^ en marge de Rabbin (tome I, p. 285, r\9 12, note i; la Bruyère imprimera Barbin dans les éditions suivantes); p. iSg, ^friat7/«, à côté des étoiles** (tome I, p. 3oo, n° 14).
1. Page 429 : « Il paroît une traduction de Tliéopliraste avec les Caractères des mœurs de ce siècle. » — Cette altération du titre [des mœurs pour ou les Mœurs) esttrès-frequente à cette époque. — Comme on l'a vu ailleurs (tome I, p. 92), il résulte d'une lettre de Bussy, si la date imprimée en est exacte et si Bussy est au courant des affiches de librairie, que le livre n'était pas encore mis en vente le 10 mars. 11 le fut peut-être quelques jours plus tard. Des exemplaires étaient en circulation depuis le mois de janvier.