Var. (édit, 1-7) : leurs vertus et leur sagesse
6. A la suite de cette préface, les éditions i-3 donnent la table des chapitres de Théophraste, qui est renvoyée à la fin du voliune dans les éditions suivantes.
7. L'auteur parle de celle qui ne vient pas de la prudence, et que les Grecs appeloient ironie. {iXote de la Jiruyère.)
peut dire que c'est un certain art de composer ses paroles et ses actions pour une mauvaise fin. Un homme dissimulé se comporte de cette manière : il aborde ses ennemis, leur parle, et leur fait croire par cette démarche qu'il ne les hait point; il loue ouvertement et en leur présence ceux à (jui il dresse de secrètes embûches, et il s'afïlii>^e avec eux s'il leur est arrivé quelque disgrâce*, il semble pardonner les discours offensants que l'on lui tient; il récite froidement les plus horribles choses que Ton lui aura dites contre sa réputation, et il emploie les paroles les plus flatteuses pour adoucir ceux qui se plaignent de lui, et qui sont aigiûs par les injures qu'ils en ont reçues. S'il arrive que quelqu'un l'aborde avec empressement, il feint des affaires, et lui dit de revenir une autre fois. 11 cache soigneusement tout ce qu'il fait; et à l'entendre parler, on croiroit toujours qu'il délibère. Il ne parle point indifféremment; il a ses raisons pour dire tantôt qu'il ne fait que revenir de la campagne, tantôt qu'il est arrivé à la ville fort tard, et quelquefois qu'il est languissant, ou qu'il a une mauvaise santé. Il dit à celui qui lui emprunte de l'argent à intérêt, ou qui le prie de contribuer* de sa part à une somme que ses amis consentent de lui prêter, qu'il ne vend rien, qu'il ne s'est jamais vu si dénué d'argent; pendant qu'il dit aux autres que le commerce va le mieux du monde, quoiqu'en effet il ne vende rien. Souvent, après avoir écouté ce que l'on lui a dit, il veut faire croire qu'il n'y a pas eu la moindre attention ; il feint de n'avoir pas aperçu les choses où il vient de jeter les yeux, ou s'il est convenu d'un fait, d<^
I. Cette sorte de contribution étoit fréquente à Athènes, et autorisée par les lois. [Note de la Bruyère.) — Il s'agit d'une contribution ou cotisation fondée, ce semble, sur une sorte d'assurance mutuelle, et destinée à secourir un citoyen tombé dans la gêne ; la somme ainsi recueillie lui était prêtée sans intérêt.
ne s'en plus souvenir. Il n'a pour ceux qui lui parlent d'affaires que cette seule réponse : «< J'y penserai. » Il sait de certaines choses, il en ignore d'autres, il est saisi d'admiration, d'autres fois il aura pensé comme vous sur cet événement, et cela selon ses différents intérêts. Son langage le plus ordinaire est celui-ci : « Je n'en crois rien, je ne comprends pas que cela puisse être, je ne sais où j'en suis ; » ou bien : « Il me semble que je ne suis pas moi-même ; » et ensuite : « Ce n'est pas ainsi qu'il me l'a fait entendre ; voilà une chose merveilleuse et qui passe toute créance; contez cela à d'autres; dois-je vous croire? ou me persuaderai-je qu'il m'ait dit la vérité* ? » paroles doubles et artificieuses, dont il faut se défier comme de ce qu'il y a au monde de plus pernicieux. Ces manières d'agir ne partent point d'une âme simple et droite, mais d'une mauvaise volonté, ou d'un homme qui veut nuire : le venin des aspics est moins à craindre.