‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 334 sur 373 · Var. (éd. 1-5) : ne faut-il point · texte numérisé non relu

Var. (éd. 1-5) : ne faut-il point

2. (t Rien, dit Saint-Simon en parlant de Louis XIV (tome XII, p. 4^3 et 464)» n'étoit pareil à lui, aux revues, aux fêtes, et partout où un air de galanterie pouvoit avoir lieu par la présence des dames. On l'a déjà oit, il l'avoit puisée à la cour de la Reine sa mère, et chez la comtesse de Soissons; la compagnie de ses maîtresses l'y avoit accoutumé de plus en plus; mais toujours majestueuse, quoique quelquefois avec de la gaieté, et jamais devant le monde rien de déplacé ni de hasardé; mais jusqu'au moindre geste, son marcher, son port, toute sa contenance, tout mesuré, tout décent, noble, grand, majestueux, et toutefois très-naturel, à quoi l'habitude et l'avantage incomparable et unique de toute sa fîgm-e donnoit une grande facilité. Aussi dans les choses sérieuses, les audiences d'ambassadeurs, les cérémonies, jamais homme n'a tant imposé ; et il falloit commencer par s'accoutumer à le voir, si en le haranguant on ne

vouloit s'exposer à demeurer court.... Le respect qu'apportoit sa

présence en quelque lieu qu'il fut imposoit un silence et jusqu'à ime sorte de frayeur. »

3. « Jamais il ne lui échappa de dire rien de désobligeant à personne; et s'il avoit à reprendre, à réprimander ou à corriger, ce qui étoit fort rare, c'étoit toujours avec un air plus ou moins de bonté, presque jamais avec sécheresse, jamais avec colère, si on excepte l'unique aventure de Courtenvaux,... quoiqu'il ne fut pas exempt de colère, quelquefois avec un air de sévérité. » (Saint-Simon , tome XII, p. 461.) — Louis XIV toutefois ne réprimait pas toujours sa colère, et les Mémoires de Saint-Simon en donnent plus d'une preuve.

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ouvert, sincère, et dont on croit voir le fond, et ainsi très-propre à se faire des amis , des créatures et des alliés ; être secret toutefois , profond et impénétrable dans ses motifs et dans ses projets*; du sérieux et de la gravité dans le public; de la brièveté, jointe à beaucoup de justesse et de dignité , soit dans les réponses aux ambassadeurs des princes'^, soit dans les conseils; une manière de faire des grâces qui est comme un second bienfait'; le cboix des personnes que Ton gratifie; le discernement des esprits , des talents et des complexions pour la distribution des postes et des emplois ; le cboix des généraux et des ministres; un jugement ferme, solide, décisif dans les affaires , qui fait que l'on connoît le meilleur parti et le plus juste ; un esprit de droiture et d'équité qui fait qu'on le suit jusques à prononcer quelquefois contre soi-même * en faveur du peuple, des alliés, des ennemis ; une mémoire heureuse et très-présente , qui rappelle les besoins des sujets, leurs visages, leurs

1. a Jamais rien ne coûta moins au Roi que de se taire profondément et de dissimuler de même. Ce dernier talent, il le poussa souvent jusqu'à la fausseté; mais avec cela, jamais de mensonge, et il se piquoit de tenir parole : aussi ne la donnoit-il presque jamais. » (Saint- Simon, tome XII, p. 4^9 et 460.)

2 . a Ses réponses en ces occasions {les audiences des ambassadeurs et autres cérémonies') étoient toujours courtes, justes, pleines, et trèsrarement sans quelque chose d'obligeant, quelquefois même de flatteur, quand le discours le méritoit. » [Ibidem, p. 4^40

3. Œ Jamais personne ne donna de meilleure grâce, et n'augmenta tant par là le jirix de ses bienfaits. » (Saint-Simon, tome XII, p. 461.) — Rapprochez de la louange qu'adresse la Bruyère à Louis XIV le ler alinéa de la réflexion 45 du chapitre de la Cour (ci-dessus, p. 3i5).

4. Voltaire a rappelé de Louis XIV « deux jugements célèbres, dans lesquels sa voix décida contre lui-même : » l'un en 1680, au sujet « d'un procès entre lui et des particuliers de Paris qui avaient bâti sur son fonds; » l'autre au profit d'un Persan « dont les marchandises avaient été saisies par les commis de ses fermes eu 1687. » (Voyez le Siècle de Louis XIV ^ chapitre xxix.)

noms, leurs requêtes* ; une vaste capacité, qui s'étende non-seulement aux affaires de dehors , au commerce , aux maximes d'Etat , aux vues de la politique , au reculement des frontières par la conquête de nouvelles provinces , et à leur sûreté par un grand nombre de forteresses inaccessibles ; mais qui sache aussi se renfermer au dedans, et comme dans les détails de tout un royaume; qui en bannisse un culte faux, suspect et ennemi de la souveraineté, s'il s'y rencontre^; qui abolisse des usages cruels et impies , s'ils y régnent ' ; qui réforme les lois et les coutumes, si elles étoient remplies d'abus*; qui donne aux villes plus de sûreté et plus de commodités par le renouvellement d'une exacte police , plus d'éclat et plus de majesté par des édifices somptueux ; punir sévèrement les vices scandaleux ; donner par son autorité et par son exemple du crédit à la piété et à la vertu ; protéger l'Eglise, ses ministres, ses droits, ses libertés*; ménager ses peuples comme ses enfants; être toujours occupé de la pensée de les soulager, de* rendre les subsides légers, et tels qu'ils se lèvent sur les provinces sans les appauvrir ; de grands talents pour la guerre ; être vigilant, appliqué, laborieux; avoir des armées nombreuses , les commander en personne ; être froid dans le péril, ne ménager sa vie que pour le bien de son Etat;

1. Var. (édit. 1-3): qui rappelle les besoins des sujets, leurs noms, leurs requêtes.

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