LES AMIES ET LES AMIS DE LA BRUYÈRE
La Bruyère ne s'est pas marié, et il s'en consolait, ou même, si l'on veut, il s'en félicitait par diverses considérations que l'on peut lire dans ses Caractères, Mais, pour ne s'être point marié, n'a-t-il pas cependant connu par lui-même tout ce qu'il peut y avoir de charme ou d'amertume dans l'amour, dont il a si finement parlé ? Aurait-il écrit le chapitre des Femmes^ s'il n'eût pas goûté leur commerce? Aurait-il écrit celui du Cœur^ si l'une d'elles, pour le moins, ne l'eût pas « mené au delà de l'amitié » ? Dans ce siècle toutefois où, selon l'une de ses remarques S il y eut peu de galanteries secrètes, la Bruyère a pu soustraire à la curiosité et à la malignité du pubhc le nom de celle dont le « son de voix » fut pour lui « l'harmonie la plus douce ^. » Des contemporains ont dit qu'il était l'ami de telle ou telle femme : aucun d'eux n'ajoute qu'il en ait été l'amant. Moins réservés, les critiques de nos jours se sont flattés de connaître ses maîtresses aussi bien que ses amies; mais des quatre femmes qu'ils nous présentent comme lui ayant été chères à des titres divers, il n'en est pas une dont on puisse affirmer sans témérité qu'elle ait aimé l'auteur des Caractères j ni même qu'elle ait été aimée par lui.
La première est Mlle de Saillans du Terrail, à laquelle, suivant quelques-uns, la Bruyère aurait été attaché par un mariage secret. C'est l'auteur des Mémoires de Maurepas^ Sou-