‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 197 sur 257 · I. Voyez ci-dessus, p. 484 et 435, et p · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-dessus, p. 484 et 435, et p

46o DISCOURS A MESSIEURS

N'allons pas plus loin : voilà , Messieurs , vos principes et votre règle \ dont je ne suis qu'une exception.

Rappelez en votre mémoire, la comparaison ne vous sera pas injurieuse, rappelez ce grand et premier concile où les Pères qui le composoient étoient remarquables chacun par quelques membres mutilés, ou par les cicatrices qui leur étoient restées des fureurs de la persécution; ils sembloient tenir de leurs plaies le droit de s'asseoir dans cette assemblée générale de toute l'Église : il n'y avoit aucun de vos illustres prédécesseurs qu'on ne s'empressât de voir, qu'on ne montrât dans les places, qu'on ne désignât par quelque ouvrage fameux qui lui avoit fait un grand nom, et qui lui donnoit rang dans cette Académie naissante qu'ils avoient comme fondée. Tels étoient ces grands artisans de la parole, ces premiers maîtres de l'éloquence françoise; tels vous êtes, Messieurs, qui ne cédez ni en savoir ni en mérite à nul de ceux qui vous ont précédés.

L'un ^, aussi correct dans sa langue que s'il l'avoit apprise par règles et par principes, aussi élégant dans les langues étrangères que si elles lui étoient naturelles, en

1. Var. (édition et recueil Coignard et édition Michallet) : voilà vos principes, Messieurs, et votre règle.

2. Tous les commentateurs disent que la Bruyère parle ici de l'abbé de Choisy, traducteur des Psaumes et de f Imitation de Jésus-Christ ; nous-même l'avons répété dans notre tome I (p. 532, note xviii) ; mais l'éloge ne peut convenir à Choisy, qui tout en comprenant le portugais et en sachant quelques mots siamois, ne devait parler correctement d'autre langue étrangère que l'italien, si je ne me trompe, et qui d'ailleurs n'a jamais écrit qu'en français. Il s'agit évidemment du secrétaire perpétuel de l'Académie, l'abbé Régnier des Marais ( 1632-1^1 3), qui était l'un des principaux auteurs du Dictionnaire de V Académie et devait bientôt commencer la préparation de sa Grammaire françoise^ savait parfaitement l'italien et l'espagnol, et avait traduit de cette dernière langue (1676) la Pratique de la perfection chrétienne du P. Rodriguez. Il fut poète en diverses langues : un re-

quelque idiome qu'il compose, semble toujours parler celui de son pays r il a entrepris, il a fini une pénible traduction, que le plus bel esprit pourroit avouer, et que le plus pieux personnage devroit désirer d'avoir faite.

L'autre^ fait revivre Virgile parmi nous, transmet dans notre langue les grâces et les richesses de la latine, fait des romans qui ont une fin, en bannit le prolixe et l'incroyable, pour y substituer le vraisemblable et le naturel.

Un autre ^, plus égal que Marot et plus poëte que Voiture, a le jeu, le tour, et la naïveté de tous les deux; il instruit en badinant, persuade aux hommes la vertu par l'organe des bêtes, élève les petits sujets jusqu'au sublime : homme unique dans son genre d'écrire; toujours original, soit qu'il invente, soit qu'il traduise; qui a été au delà de ses modèles, modèle lui-même difficile à imiter.

Celui-ci ^ passe Juvénal, atteint Horace, semble créer les pensées d'autrui et se rendre propre tout ce qu'il manie; il a dans ce qu'il emprunte des autres toutes les grâces de la nouveauté et tout le mérite de l'invention. Ses vers, forts et harmonieux , faits de génie, quoique travaillés avec art, pleins de traits et de poésie, seront lus encore quand la kmgue aura vieilli, en seront les derniers débris : on y remarque une critique sure, judicieuse et innocente, s'il est permis du moins de dire de ce qui est mauvais qu'il est mauvais.

cueilde ses poésies parut en 1707 et en 1708 sous ce titre : Poésies françaises, italiennes, espagnoles et latines. Il avait composé en 1667 une canzone que l'abbé Strozzi réussit à faire passer en Italie pour une pièce nouvellement découverte de Pétrarque.

1. Jean Renaud deSegrais (1624-1701), traducteur de VÉnéideet des Géoroiques. Il n'avait encore paru que sa traduction de V Enéide. Ses romans étaient intitulés : Athis (sans date); Bérénice {16^^); Nouvelles françaises ou les Divertissemens de la princesse Aurelie (iô56 et 1657); le Toledan ou Histoire romanesque de don Juan d'Autriche (lôSg).

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