CÉLIMÈNE
Oui, mais je voudrois bien qu'il ne s'y servît pas. C'est un fort méchant plat que sa sotte personne. Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne.
(Molière, le Misanthrope, acte II, scène iv, vers 6o8-6i5.]
aller : on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien; aussi est-il l'arbitre des bons morceaux, et il n'est guère permis d'avoir du goût pour ce qu'il désapprouve. Mais il n'est plus : il s'est fait du moins porter à table jusqu'au dernier soupir; il donnoit à manger le jour qu'il est mort. Quelque part où il soit, il k mange ; et s'il revient au monde , c'est pour manger. (ÉD. 5.)
123. Ru f fin commence à grisonner; mais il est sain, il a un visage frais et un œil vif qui lui promettent encore vingt années de vie ; il est gai, jovial^ familier, indifférent ; il rit de tout son cœur, et il rit tout seul et sans sujet : il est content de soi, des siens, de sa petite fortune; il dit qu'il est heureux. Il perd son fils unique, jeune homme de grande espérance, et qui pouvoit un jour être l'honneur de sa famille; il remet sur d'autres le soin de le pleurer; il dit : « Mon fils est mort, cela fera mourir sa mère; » et il est consolé^. Il n'a point de passions, il n'a ni amis ni ennemis, personne ne l'embarrasse, tout le monde lui convient, tout lui est propre; il parle à celui qu'il voit une première fois avec la même liberté et la même confiance qu'à ceux qu'il appelle de vieux amis, et il lui fait part^ bientôt de ses quolibets et de ses historiettes. On l'aborde, on le quitte sans qu'il y fasse attention , et le même conte qu'il a commencé de faire à quelqu'un, il l'achève à celui qui prend sa place, (éd. 4-)
124. N** est moins affoibli par l'âge que par la maladie, car
1. Celte phrase : a II perd son fils, etc., » a été ajoutée dans la 76 édition.
2. Var. (édil. 4-^) '• qu'à ceux qu'il appelle de vieux amis; il lui fait part, etc. — Le mot quolibets n'a été imprimé en italique qu'à partir de la 6« édition.
il ne passe point soixante-huit ans; mais il a la goutte, €til est sujet à une colique néphrétique; il a le visage décharné, le teint verdâtre , et qui menace ruine : il fait marner sa terre , et il compte que de quinze ans entiers il ne sera obligé de la fumer; il plante un jeune bois, et il espère qu'en moins de vingt années il lui'donnera un beau couvert ^ ; il fait bâtir dans la rue ** une maison de pierre de taille^, raffermie dans les encoignures par des mains de fer, et dont il assure, en toussant et avec une voix frêle et débile^, qu'on ne verra jamais la fin; il se promène tous les jours dans ses ateliers sur le bras d'un valet * qui le soulage ; il montre à ses amis ce qu'il a fait, et il leur dit ce qu'il a dessein de faire ^ Ce n'est pas^ pour ses enfants qu'il bâtit, car il n'en a point, ni pour ses héritiers, personnes viles et qui se sont brouillées "^ avec lui : c'est pour lui seul, et il mourra demain.
Antagoras a un visage trivial^ et populaire : un suisse ï25 de paroisse ou le saint de pierre qui orne le grand autel n'est pas mieux connu que lui de toute la multitude. 11 parcourt le matin toutes les chambres et tous les greffes d'un parlement, et le soir les rues et les carrefours d'une ville ; il plaide depuis quarante ans, plus proche de sortir
I. a II fait marner sa terre, et il" compte, etc il plante un
jeune bois, et il espère.... un beau couvert », membres de phrase ajoutés dans la 7e édition.
2 Var. (édit. 1-3) : une maison solide de pierre de taille.
3. Les mots ; « en toussant et avec une voix frêle et débile, » ont été ajoutés dans la 6^ édition.