‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 3 sur 257 · Réminiscence d'Horace (livre III, ode m, vers 7 et · texte numérisé non relu

Réminiscence d'Horace (livre III, ode m, vers 7 et

Si fractus illabatur orb'is, Impavidum ferlent ruinœ.

4. Dans son intéressante Etude sur la Bruyère et Malehr anche (Paris, 1866, p. 67-72), M, Auguste Daraien rapproche de cette condamnation du stoïcisme les attaques réitérées que Malebranche a dirigées contre les stoïciens, et particulièrement une partie du passage suivant, dont le souvenir semble se retrouver dans la remarque de la Bruyère

« Qu'y a-t-il de plus pompeux et de plus magnifique que l'idée qu'il nous donne de son sage, dit Malebranche en parlant de Sénèque, mais qu'y a-t-il au food de plus vain et de plus imaginaire? Le portrait qu'il fait de Caton est un trop beau portrait pour être naturel.... Caton étoit un homme sujet à la misère des hommes : il

Inquiéliule d'esprit, inégalité criiumeur, inconstance 4 de cœur, incertitude de conduite : tous vices de Fàme, mais différents, et qui avec tout le rapport qui paroît entre eux, ne se supposent pas toujours l'un Tautre dans un même sujet, (éd. 4-)

Il est difficile de décider si l'irrésolution rend l'homme 5, plus malheureux que méprisable ; de même s'il y a tou-

n*étoit point invulnérable, c'est une idée; ceux qui le frappoient le blessoient; il n'avoit ni la dureté du diamant, que le fer ne peut briser, ni la fermeté des rochers, que les flots ne peuvent ébranler, comme Sénèque le prétend; en un mot, il n'étoit point insensible; et le même Sénèque se trouve obligé d'en tomber d'accord, lorsque son imagination s'est un peu calmée, et qu'il fait davantage de réflexion à ce qu'il dit.

c Mais quoi donc? n'accordera-t-il pas que son sage peut devenir misérable, puisqu'il accorde qu'il n'est pas insensible à la douleur? Non sans doute, la douleur de son sage ne le blesse pas; la crainte de la douleur ne l'agite pas; son sage est au-dessus de la fortune et de la malice des hommes ; ils ne sont pas capables de l'inquiéter. Il n'y a point de murailles et de tours dans les plus fortes places que les béliers et les autres machines ne fassent trembler, et ne renversent avec le temps ; mais il n'y a point de machines assez puissantes pour ébranler l'esprit ferme de son sage.... Les Dieux mêmes peuvent être accablés sous les ruines de leurs temples, mais son sage n'en sera pas accablé ; ou plutôt s'il en est accablé, il n'est pas possible qu'il en soit blessé....

« Voilà jusqu'où l'imagination vigoureuse de Sénèque emporte sa foible raison. Mais se peut-il faire que des hommes qui sentent continuellement leurs misères et leurs foiblesses puissent tomber dans des sentiments si fiers et si vains que ceux de cet auteur? Un homme raisonnable peut-il jamais se persuader que sa douleur ne le touche et ne le blesse pas? Et Galon, tout sage et tout fort qu'il étoit, pouvoit-il souffrir sans quelque inquiétude ou au moins sans quelque distraction, je ne dis pas les injures atroces d'un peuple enragé qui le traîne, qui le dépouille et qui le maltraite de coups, mais les piqûres d'une simple mouche ?. . . » [De la Recherche de la vérité, livre II. 3e partie, chapitre iv, tome I, p. 3o6-3io, édition de 1675; voyez de plus livre I, chapitre xvii, § 3 ; livre IV, chapitre x ; livre V, chapitres 11 et iv.)

jours plus d'inconvénient à prendre un mauvais parti, qu'à n'en prendre aucun, (éd. 6.)

6. Un homme inégal n'est pas un seul homme, ce sont plusieurs : il se multiplie autant de fois qu'il a de nouveaux goûts et de manières différentes; il est à chaque moment ce qu'il n'étoit point, et il va être bientôt ce qu'il n'a jamais été : il se succède à lui-même. Ne demandez pas de quelle complexion il est, mais quelles sont ses complexions ; ni de quelle humeur, mais combien il a de sortes d'humeurs. Ne vous trompez-vous point? est-ce Euthycrate que vous abordez? aujourd'hui quelle glace pour vous ! hier il vous recherchoit , il vous caressoit, vous donniez de la jalousie à ses amis : vous reconnoît-il bien? dites-lui votre nom. (éd. 6.)

^. Ménalque^ descend son escalier, ouvre sa porte pour sortir, il la referme : il s'aperçoit qu'il est en bonnet de nuit; et venant à mieux s'examiner, il se trouve rasé à moitié, il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons , et que sa chemise est par-dessus ses chausses. S'il marche dans les places, il se sent tout d'un coup rudement frapper à l'estomac

I . Ceci est moins un caractère particulier qu'un recueil de faits de distractions. Ils ne sauroient être en trop grand nombre s'ils sont agréables; car les goûts étant différents, on a à choisir. {JSote de la Bruyère j ajoutée à la 8^ édition.) — En même temps qu'il plaçait la note précédente à côté du caractère de Ménalque , la Bruyère y insérait plusieurs traits nouveaux, dont l'un, recueilli dans la maison même des Condé, était emprunté au prince de la Roche-sur-Yon (voyez V Appendice), Le comte de Brancas avait fourni les traits principaux du caractère ; l'une des anecdotes était attribuée à l'abbé de Mauroy : l'annotation de la Bruyère, écrite au moment même où il ajoutait le récit de l'une des aventures d'un troisième Ménalque à celles des deux premiers, était donc d'une parfaite exactitude.

ou au visage ; il ne soupçonne point ce que ce peut être, jusqu'à ce qu'ouvrant les yeux et se réveillant, il se trouve ou devant un limon de charrette, ou derrière un long ais de menuiserie que porte un ouvrier sur ses épaules. On Fa vu une fois heurter du front contre celui d'un aveugle, s'embarrasser dans ses jambes, et tomber avec lui chacun de son côté à la renverse. Il lui est arrivé plusieurs fois de se trouver tête pour tête à la rencontre d'un prince et sur son passage, se reconnoître à peine, et n'avoir que le loisir de se coller à un mur pour lui faire place. Il cherche, il brouille \ il crie, il s'échauffe, il appelle ses valets Fun après l'autre : on lui perd tout^ on lui égare tout; il demande ses gants, qu'il a dans ses mains , semblable à cette femme qui prenoit le temps de demander son masque lorsqu'elle l'avoit sur son visage. Il entre à l'appartement^, et passe sous un lustre où sa perruque s'accroche et demeure suspendue : tous les courtisans regardent et rient; Ménalque regarde aussi et rit plus haut que les autres , il cherche des yeux dans toute l'assemblée où est celui qui montre ses oreilles, et à qui il manque une perruque. S'il va par la ville, après avoir fait quelque chemin, il se croit égaré, il s'émeut, et il demande où il est à des passants, qui lui disent précisément le nom de sa rue ; il entre ensuite dans sa maison , d'où il sort précipitamment , croyant qu'il s'est trompé. Il descend du Palais^, et trouvant au bas du grand degré un carrosse qu'il prend pour le sien, il se

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