‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 185 sur 256 · A MADEMOISELLE DE SILLERY · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE SILLERY

Paix! chut! lisez ma lettre tout bas; prenez garde c[ue personne ne vous la voie lire; les murailles parlent. N'en dites mot à âme vivante; ma sœur mourroit de mort subite si elle savoit le malheur qui est arrivé. Vraiment ! c'est bien pis que le Chevalier, c'est bien pis que si ses filles avoient fait faux bond, que si elle l'avoit fait elle-même : Dieu me pardonne, et elle aussi !

Kufin que vous dirai-je? Paris va abîmer Mais par

où abîmera-t-il ? Vous croyez sans doute que c'est par le Marais du Temple ^ : point du tout, ma mie; c'est....

Lettre iia. — Nous ne savons où se trouve l'original de cette lettre, que nous donnons d'après le texte du Petit Magasin des Darnes^ 1806, p. m; elle a été reproduite dans les éditions de 1818, p. 235, de 1825, p. 475, et de 1869, p. 349, ainsi que par Cousin, dans Madame de Sablé ^ ]). Sai. Elle est adressée par notre auteur à sa nièce, fille du marquis Louis Brûlart de Sillery : \oyez ci-dessus, p. 176, la note préliminaire de la lettre 83, où nous avons fait, au sujet de l'authenticité, des réserves qu'il convient, croyons-nous, de répéter ici.

I. Il y avait, entre le faubourg Saint-Martin et le faubourg du Temple, un terrain marécageux, qui donnait son nom à la rue des Marais, dite autrefois « des Marais du Temple, » laqutlle, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, n'était encore bordée que d'un petit nombre de constructions.

aaa LETTRES.

Toserai-je prononcer ? Taisez-vous, bouchez toutes les fenêtres, éteignez les bougies, fermez les yeux, lisez à tâtons — C'est par le faubourg Saint- Jacques. Nous sommes tous perdus. L'eussiez-vous cru? Par le faubourg Saint- Jacques M Quel faubourg, grand Dieu! A qui se fiera-t-on ? Mais par qui le crime a-t-il été commis? Un disciple de Baron ^, un ami de la vérité, un

demi-père deTEglise, P D.H.P. a été trouvé couché

entre deux draps, non-seulement avec une femme, mais avec deux, dont Tune étoit sa cousine germaine, et l'autre sa pénitente. Toutes les bonnes âmes ont quitté le quartier, et l'on croit qu'on va raser le faubourg.

II 3. A LA MARQUISE d'hUXELLES'.

Je serois ravi de vous pouvoir croire, mais je n'ai

2 . Les couvents étalent nombreux dans le faubourg Saint-Jacques, et beaucoup de laïques pieux y babitaient.

3. C'est-à-dire un dominicain. Vincent Baron, né en i6o4i mourut en 1674. Entré dans l'ordre de Saint-Dominique, il fut élu, en 1667, prieur de la maison du noviciat, fondée, en vertu de lettres patentes de i632, dans le faubourg Saint-Germain, et auprès de laquelle fut btîtie plus tard l'église de Saint-Thomas d'Aquin,

Lettre ii3. — D'après une copie conservée à la Bibliothèque de \'\rsena\, Belles-lettres françaises, n° 3202 (ancien SPg), i vol. in-4'', fol. 3 et 4- Il est impossible de deviner à quel propos le libraire Barbin est ici nommé et de quel li^Te il s'agit. Serait-ce du roman, la Princesse de Clèi-es, publié en 1678? — Au verso de la couverture du recueil manuscrit d'où nous tirons cette lettre, se lit cette note écrite et signée par le marquis de Jarzé : « Ce livre m'a été laissé par testament par [Marie] de Bailleul, marquise d'Huxelles, morte au mois' de mai (ni/vV) 171 2 (^voyez la fin de la note i), qui ra'honorolt de son amitié depuis vingt ans, et dont le mérite a étt' reconnu de tout ce qu'il y a eu de plus honnêtes gens à la cour pendant qu'elle a vécu. A Paris, ce 12' juin mil sept cent douze.

« J.\RZ£. »

I. Marie de ou plutôt le Bailleul, fdle du président de ce nom.

LETTRES. aa^

garde : je sais qae Ton vous a rendu. ses devoirs, et je le sais comme un jaloux qui craint qu'on n'y ait pas manqué. Je vous sacrifierai INIrne de Chavignj *, quand vous voudrez. La victime n'est pas jeune, mais excusez, le sacrificateur ne Test pas aussi. Je n'ai pas entendu parler de Baibin ni de livre. Je sais que la faute vient de lui, et vous êtes la plus spirituelle et la meilleure amie du monde. C'est dommage que vous ne soyez que cela.

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