‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 11 sur 610 · NOTICE. XIX · texte numérisé non relu

NOTICE. XIX

l'addition de la Lettre de Mazarin étaient, quant au texte (nous ne parlons pas de quelques corrections de style qui ont passé dans les éditions suivantes), la seule innovation sérieuse que présentât liniprimé de 1688, dont Amelot de la Houssaie* passe pour avoir été l'éditeur. Il est précédé d'un A\'ertissement^ historique et critique, dont nous extrayons ce passage :

« On a attribué les Mémoires qui suivent ceux de M. de la Châtre à M. le duc de la Rochefoucauld ; mais , comme les héritiers de cette maison les désavouent, on n'a pas voulu y mettre son nom. Quoi qu'il en soit, il est toujours constant que l'auteur avoit tant de justesse d'esprit et un jugement si exquis, qu'un savant politique^ n'a pas fait difficulté de considé-

1. Abraham-Nicolas Amelot de la Houssaie, né en i634, mort en 1706, avait été secrétaire d'ambassade à Venise. Il a laissé, entre autres ouvrages, une traduction du livre du Prince de Machiavel, celle des neuf premiers livres des Annales de Tacite, une Histoire de Venise en3yo\\iTnes et des Mémoires historiques^ politiques, etc.

2. Ce savant politique, c'est sans doute Amelot de la Houssaie lui-même, qui était à la fois, nous l'avons dit, historien et diplomate. Une note, ajoutée ici en marge à l'Avertissement, indique que les mots soulignés qui suivent sont extraits de la Préface d'un de ses ouvrages, la Morale de Tacite (i volume in-12, 1686). On y trouve en effet, après VEpître dédicatoire au chancelier Boucherai, im discours intitulé : « Critique de divers auteurs modernes qui ont traduit ou commenté les œuvres de Tacite. » Parmi ces auteurs figure M. le duc de la Rochefoucauld : ce D'abord on sera surpris, écrit Amelot de la Houssaie, de voir nommer ici ce duc; mais ceux qui auront lu ses Mémoires et les œuvres de Tacite avec quelque attention devineront sans peine pourquoi je le mets dans ce catalogue ; car, bien que sa relation des Brigues faites pour le gouvernement à la mort de Louis XIII et de la Guerre de Paris ne soit rien moins, en apparence, qu'un commentaire de Tacite, néanmoins c'en est un véritable, où il a eu l'adresse de faire une application juste des plus beaux traits de Tacite aux affaires de la Régence et aux ministres qui les ont maniées. » Après cette observation, où se trouvent confondues ensemble deux relations, dont la première seule est de la Rochefoucauld, Amelot de la Houssaie fait quelques citations à l'appui de cette thèse; puis il ajoute cette phrase, fort importante à recueillir au point de vue bibliographique : « Tout cela se trouve en trois pages de suite, par où il faut juger du reste qui est à peu près de même, comme il se verroit par la conférence

XX MEMOIKES.

rer ces Mémoires comme un véritable commentaire sur Tacite^ où r auteur avoit eu L'adresse de faire une application juste des plus beaux tiaits de cet historien aux affaires de la Régence et aux ministres qui les ont maniées. C'est pour en donner quelques preuves qu'on a eu soin de mettre au bas de chaque page des extraits du texte latin de Tacite, et pour faire voir la conformité de ses maximes avec celles de notre auteur.

« Ces Mémoires contiennent l'histoire de la guerre de Paris et de celles de Normandie (?) et de Guienne, qui en ont été les suites H y a encore dans ce recueil deux satires fort ingénieuses : Tune est la retraite du duc de Longueville en son gouvernement de Normandie, où l'on tourne fort plaisamment en ridicule les vains projets des révoltés de cette province ; l'autre est une apologie de M. de Beaufort, que l'on déchire cruellement, en faisant semblant de le défendre contre la cour, la noblesse et le peuple. On attribue cette dernière pièce à M. de Saint-Evremond^.

des passages^ que f ai mis à la marge de mon exemplaire, si quelque jour on venait à l'imprimer. Au reste, c'est dommage du peu, car ce petit ouvrage est inimitable et sans pair en ce genre ; et je dirai, sans hésiter, qu'il ne s'est jamais rien écrit en notre langue qui approche tant du caractère de Tacite. »

I. On a vu (p. xv) que la Retraite du duc de Longueville, etc., est en effet de ce moraliste ; quant à V Apologie du duc de Beaufort, il n'a fait qu'y collaborer. Le rédacteur ou plutôt le greffier fut ici Guillaume Girard, archidiacre d'Angoulême, mort en i663, et qui fut secrétaire du duc d'Epernon, dont il a écrit la Vie (i665, infolio). Le P. le Long rapporte, au sujet de ce morceau, l'anecdote suivante [Bibliothèque historique, 1769, tome lï, p. 56i) : « Voici ce qu'en dit M. des Maiseaux* dans la Vie de M. de Saint-Évre-

mond^ : Leduc de Beaufort « se réconcilia avec la cour; mais les

« courtisans ne laissoient pas de le tourner en ridicule. Un jour ce que le duc de Caudale, le comte de Palluau, le comte de Moret, ce M. fie Saint-Evremond et cinq ou six autres avoient soupe ente semble, et se trouvoient de bonne humeur, ils firent le plan d'une a satire contre ce duc, qu'ils appelèrent V Apologie de M. le duc de

"■ Pierre tics Maîseaux, né en Auvergne en 1666, mort à Londres en 1743. Il vécut dans l'intimité de Saint-Evremond et de Bayle.

*> La Haye, 171 1 , in-12, p. 38 et Jt). — Nous suivons le texte de des Maiseaux, que le P. le Long a Jégôremeut modiSé.

NOTICE

« Les lettres et les traités qu'on a ajoute's à la lin de ces Mémoires leur donnent beaucoup de jour, et les notes qu'on a mises à la marge ne sont pas de moindre utilité pour l'intelligence de cet ouvrage, parce qu'on y explique quelquefois les qualités des personnes dont il y est parlé.

« Au reste, ceux qui ont vu autrefois ces Mémoires^ les trouveront ici fort changés ; car, outre qu'on les a mis dans leur ordre naturel, et suivant le temps que les allaircs dont ils traitent se sont passées, on y a aussi corrigé diverses fautes de style, qui faisoient perdre le sens, et qui apparemment s'y étoient glissées par la négligence des copistes. »

Ici finit l'historique de la « première série 5> des éditions (voyez ci-après, la note i de la page 237), série à laquelle se rattache, comme nous le disons plus loin, un imprimé de 1717, attardé parmi les éditions, considérablement améliorées, mais fort défectueuses encore, de la « seconde série 3>.

En 1689 parut, en deux volumes in-12, toujours sous la rubrique de « Villefranche, chez Jean de Paul», une nouvelle impression des Mémoires, portant cette mention, ajoutée au titre de 1688 : Seconde édition augmentée de près d'un tiers'^ ,

a: Beanfort contre la cour^ la noblesse et le peuple. Chacun fournit ce « qu'il croyoit le plus capable de le rendre ridicule, et on chargea « M. Girard, qui nous a donné la Vie du duc cTÉpernon, de rédiger « par écrit ce qu'ils avoient dit. J> Ce morceau satirique se trouve dans les OEuvres mêlées de Saïnt-Évremond^ édition de M. Ch. Giraud, 1866, tome II, p. sSB et suivantes.

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