Au siège de Thionville, en juillet i
me la donnoit pas comme une récompense, mais seulement pour me faire attendre plus agréablement ce qu'elle vouloit faire pour moi. Je sus que Mme de Hautefort prétenxloit cette charge pour un de ses frères * ; je suppliai la Reine de la lui donner, et de ne songer à m'établir ^ que dans ce qui seroit utile à son service particulier.
Cependant Mme de Clievreuse commençoit à s'impatienter : on ne faisoit rien pour elle ni pour ses amis ; le pouvoir du Cardinal augmentoit tous les jours; il Tamusoit par des paroles soumises et galantes, et il essayoit même quelquefois de lui faire croire qu'elle lui donnoit de l'amour^. Il lui parut d'abord moins difficile sur le retour de M. de Châteauneuf, qu'elle desiroit ardemment : cette facilité venoit sans doute de ce qu'il le croyoit ruiné dans l'esprit de la Reine, et que Madame la Princesse* et la maison de Condé ne pourroient consentir à l'établissement d'un homme qu'ils accusoient de la mort du duc de Montmorency^. Il croyoit encore qu'il suffîsoit de laisser agir Monsieur le Chancelier ^, qui étoit assez obligé pour sa propre conservation d'exclure M. de Châteauneuf, puisqu'il ne pouvoit revenir à la cour sans lui ôter les sceaux. Le Chancelier avoit pris toutes sortes de précautions auprès de la Reine pour éviter ce déplaisir, et
1. Marie de Hautefort avait deux frères, ses aînés : l'un, Jacques marquis de Hautefort; l'autre, Gilles, alors comte de Montignac, puis marquis de Hautefort (1680), qui continua la race.