‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 125 sur 610 · Le 2 septembre, au Louvre même, par Guitaut. Voyez, à ce · texte numérisé non relu

Le 2 septembre, au Louvre même, par Guitaut. Voyez, à ce

bois de Vincennes. Je ne puis dire si le sujet de cette prison fut supposé ou véritable* ; mais le cardinal Mazarin répandit dans le monde qu'il avoit découvert une entreprise du duc de Beaufort contre sa personne, et qu'on Tavoit attendu en divers lieux où il devoit passer, pour le tuer. D'autres ont cru, avec plus de vraisemblance, que le duc de Beaufort, par une fausse finesse, lui fit prendre l'alarme exprès, croyant qu'il suffisoit de lui faire peur pour le chasser du Royaume ^^ et que ce fut dans cette vue qu'il fit des assemblées secrètes et qu'il leur donna un air de conjuration. Mais, quel que fût le dessein du duc de Beaufort, il en perdit la liberté. La Châtre, colonel général des Suisses^, eut ordre de se défaire de sa charge ; les Importants furent dispersés, et Mme de Chevreuse fut reléguée à Tours*.

sujet, les lettres de Louis XIV à Mole et au Parlement (Mémoires de Mathieu IHole\ tome III, p. 87 et suivantes), les Mémoires de Mademoiselle, tome I, p. è6f et ceux de Mme de Motteville, tome I, p. 146 et suivantes.

I, Retz (tome I, p. 226) donne à entendre qu'il fut supposé. Mme de Motteville (tome I, p. i44 6t i45) est portée à croire à l'existence du complot, sur la réalité duquel on ne peut garder aucun doute après avoir lu les Mémoires d'Henri de Campion (édition de M. Moreau, iSSy, p. ipS et suivantes), l'un des principaux conjurés, et même les Carnets de Mazarin (3® et 4® carnets), qui, on le sait, ne furent pas écrits pour le public. Voyez l'instruction complète de cette affaire dans Madame de Chevreuse, p. 248 et suivantes. V. Cousin tient pour avérée la conspiration contre la vie du Cardinal.

a. Rapprochez d'un passage qui se trouve plus loin, p. i35.

3. Edme de la Châtre, comte de Nançay, qui fut blessé mortellement à Nordlingen en i645. Il faut lire, dans ses Mémoires j déjà cités, le récit de toute cette affaire (p. 289 et suivantes).

4- Sur la surveillance dont Mme de Chevreuse fut l'objet en Touraine, durant les années 1644 et 1645, de la part des agents de Mazarin, voyez V. Cousin, Madame de Chevreuse {Appendice, p. 5i2 et suivantes). On y trouve des lettres d'un de ces agents, où la Rochefoucauld est désigné, à plusieurs reprises, comme un des en-

Le Cardinal se vit alors maître des affaires, et sa faveur ne fut plus douteuse. J'avois trop peu de liaison avec le duc de Beaufort pour avoir part à sa disgrâce ; mais j'étois toujours également des amis de Mme de Chevreuse : j'étois persuadé qu'elle ignoroit les desseins du duc de Beaufort, et qu'elle étoit injustement persécutée. La Reine conservoit encore de l'amitié pour moi, et le souvenir de mon attachement pour elle n' étoit pas entièrement effacé de sa mémoire; mais elle étoit trop puissamment entraînée par le cardinal Mazarin pour conserver longtemps des sentiments qui ne lui fussent pas agréables ^

La cour étoit soumise, le duc de Beaufort arrêté, Mme de Chevreuse éloignée ^, le duc de Vendôme, le duc de Mercœur^ et l'évêque de Beauvais exilés, le président Barillon '* prisonnier à Pignerol, la cabale des

nemis les plus actifs de l'État, et comme un de ceux dont les menées ambitieuses sont le plus à craindre.

1. Mme de Motteville parle dans les mêmes termes (tomel, p. iSs) de cette sujétion croissante de la Reine à son ministre, et de sa disposition, de plus en plus visible, à céder a aux volontés de cet heureux homme. 2>

2. Tout éloignée qu'elle fût, Mme de Chevreuse conspirait encore, si bien que le Cardinal lui envoya un exempt , chargé de l'éloigner davantage de Paris et de la conduire à Angoulême. La duchesse prit la fuite; et, vers la fin de l'hiver de 1646, elle s'embarquait à Saint-Malo. Elle gagna les Pays-Bas à travers mille aventures, et s'établit à Liège, où elle renoua mieux que jamais le £11 de ses intrigues, jusqu'à ce qu'en 1649 elle revint à Mazarin, dont elle fut dès lors un des plus fermes conseillers. Voyez les Mémoires de Montrésor^ p. 355 et 358.

3. Louis duc de Mercœur, puis duc de Vendôme, frère aîné du duc de Beaufort, né en 1612, mort en 1669. Il épousa Laure- Victoire Mancini, une des nièces de Mazarin; après la mort de celle-ci (1657), il entra dans l'Église, et devint cardinal et légat du Pape en France.

4. Jean-Jacques de Barillon, seigneur de Chatillon-sur-Seine, qu'il ne faut pas confondre avec Antoine de Barillon, maître des

Importants détruite et méprisée*. J'étois presque le seul des amis de Mme de Clievreuse qui n'eût point encore éprouvé de disgrâce particulière. Le Cardinal ne m'aimoit pas. Il voulut me réduire à la nécessité de déplaire à la Reine ou d'abandonner Mme de Clievreuse. Dans cette pensée, il obligea la Reine à me parler avec beaucoup de bonté, et à me dire qu'étant assurée de la fidélité et de l'amitié que j'avois toujours eues ^ pour elle, je ne devois pas lui en refuser une marque qu'elle devoit attendre de moi comme mon amie, quand même je ne considérerois pas sa dignité et son pouvoir. Elle s'étendit sur l'ino^ratitude du duc de Beau fort et des Importants ; et, après m' avoir fait beaucoup de plaintes de Mme de Chevreuse, elle me pressa de n'avoir plus de commerce avec elle, et de cesser d'être intimement de ses amis; elle désira aussi que je le voulusse être du cardinal ]Mazarin. Je la reinerciai avec respect de la confiance qu'elle avoit en ma fidélité; je l'assurai que je ne balancerois jamais entre ce que je lui devois et l'amitié de Mme de Chevreuse ; que je devois obéir exactement à la défense qu'elle me faisoit d'avoir à l'avenir aucun commerce avec elle; que je serois même son plus grand ennemi quand il me paroîtroit qu'elle eût véritablement manqué à son devoir; mais que je la suppliois de considérer qu'ayant été uni si longtemps avec Mme de Chevreuse dans tout ce qui regardoit le service de la Reine, je ne pouvois avec justice cesser d'être son ami,

requêtes et plus tard directeur des finances, que Retz, tome I, p. 243, appelle « le bon homme M. de Morangis, » était président à la chambre des Enquêtes du parlement de Paris. Il mourut à Pignerol, en 1645. C'est à son fils, Paul de Barillon d'Amoncourt, marquis de Branges, que la Fontaine a dédié le Pouvoir des fables.

1. Voyez, sur l'effet produit par la dispersion des Importants, les Mémoires de Retz^ tome I, p. 232-287.

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