Et au Cardinal. {Ibidem
io8 MÉMOIRES. [1648]
qu'il leur eût été utile de m' avoir ménagé. Je demandai mon congé; j'eus peine à l'obtenir, et on ne me l'accorda qu'à condition que je ne me plaindrois pas du traitement que j'avois reçu , et que je ne ferois point d'instances nouvelles sur mes prétentions; je le promis facilement, et j'arrivai à Paris avec tout le ressentiment que je devois avoir ^. J'y trouvai les choses comme Mme de Longueville m'avoit mandé ^ ; mais j'y trouvai
1. La Rochefoucauld revint à Paris en décembre 1648 : voyez ci-après, sur son retour, Vjépologie du prince de Marclllac. Gourville, dans ses Mémoires (p. 220 et 221), donne à cette occasion de curieux détails : « M. le prince de Marcillac, écrit-il, étant revenu à Paris avec peu d'argent, parce que, outre que sa famille n'en avoit guère, on auroit fort souhaité qu'il n'y fût pas retourné, m'ordonna d'aller parler de quelques affaii-es à M. d'Eracry, pour lors contrôleur général (j'avois ce jour-là une casaque rouge, avec quelques galons dessus). Peu de jours après, M. le prince de Marcillac ayant envoyé son intendant lui parler, M. d'Emery, à la première rencontre de M. le prince de Marcillac, lui dit : « Quand vous aurez « quelque chose à me faire dire, envoyez-moi la casaque rouge « qui m'a déjà parlé une fois de votre part. » Cela m'en fît connoître, et me donna lieu de faire quelques affaires auprès de lui pour M. le prince de Marcillac, qui auroit été obligé de quitter Paris, si je ne m'étois avisé de demander à M. d'Emery un passeport pour faire sortir du Poitou huit cents tonneaux de blé. Je lui demandai en même temps s'il ne trouveroit pas mauvais d'en ajouter deux cents pour moi, afin que je pusse en avoir le profit. En souriant, il me dit qu'il le vouloit bien. Aussitôt que j'eus retiré mon passe-port, je pris la poste pour aller à Niort, où je trouvai moyen de le trafiquer, et d'en tirer une lettre de change de dix mille livres. Je ne saurois exprimer la joie qu'eut M. le prince de Marcillac de se voir en état de continuer son séjour à Paris; mais toute la famille en conçut beaucoup de chagrin contre moi. M. le prince de Marcillac me dit de prendre mes deux mille livres, et d'employer les huit autres pour son service; mais avec le temps les dix y furent à peu près employées. » — Voyez ce qui est dit au tome I, dans la Notice biograp /tique, au sujet des embarras d'argent où se trouva longtemps la Rochefoucauld.
2. On lit dans les Mémoires de Retz (tome II, p. 124 et i25) : « Comme M. de la Rochefoucauld n'avoit pas eu trop bon bruit dans
moins de chaleur , soit que le premier mouvement fût passé , ou que la diversité des intérêts et la grandeur du dessein eussent ralenti ceux qui Tavoient entrepris. Mme de Longueville même v avoit exprès formé ^ des diilicultés, pour me donner le temps d'arriver et me rendre plus maître de décider : je ne balançai point à le faire, et je sentis^ un grand plaisir de voir qu'en quelque état que la dureté de la Reine et la haine du Cardinal eussent pu me réduire, il me restoit encore des moyens de me venger d'eux ^.
M. le prince de Conti entroit dans le monde : il vouloit réparer, par l'impression qu'il y donneroit de son esprit et de ses sentiments, les avantages que la nature avoit refusés à sa personne*. Il étoit foible et léger; mais il dépendoit entièrement de Mme de Longueville ", et elle me laissoit le soin de le conduire®. Le duc
l'affaire des Importants, dans laquelle l'on l'avoît accusé de s'être raccommode à la couru leurs dépens (ce que j'ai su toutefois depuis, de science certaine, n'être pas vrai), je n'étois pas trop content de le trouver en cette société. Il fallut pourtant s'en accommoder. »