Ce départ si précipité du Roi
4. « Je ne sais ce qu'ils eussent fait, dit Retz (tome II, p. i3i et i32), tant ils étoient effarés, si l'on n'eût trouvé le moyen de les animer par leur propre peur. »
5. Retz dit (tome II, p. i3G et p. 140) que la Rochefoucauld partit « deux heures après le Roi, pour fortifier et pour ramenei
La Rochefoucauid. h 8
ii4 MÉMOIRES. [1649]
rendit aussi * ; je retournai à Paris, une fois ou deux, pour rassurer ceux du parti qui étoient chancelants, et pour concerter avec INIme de Longueville, le Coadjuteur, Longueil ^, et Broussel, le jour que le prince de Conti et le duc de Longueville s'y dévoient rendre. Le cardinal Mazarin, sachant que je pouvois y aller et en sortir facilement, bien que les portes fussent soigneusement gardées, me pria de lui apporter de l'argent; mais je refusai de m'en charger, ne voulant ni lui faire ce plaisir, ni mal user de sa confiance. Cependant toutes choses étant préparées à Paris, je retournai à Saint-Germain, pour en faire partir M. le prince de Conti et le duc de Longueville. Ce dernier faisoit naître sans cesse des obstacles, et se repentoit de s'être engagé. J'appréhendai même qu'il ne passât plus loin, et qu'il ne découvrît à Monsieur le Prince ce qu'il savoit de l'entreprise. Dans ce doute, je renvoyai Gourville à Paris, pour dire à Mme de Longueville et au Coadjuteur le soupçon qu'on de voit avoir du duc de Longueville ; je le chargeai de voir Longueil et Broussel, et de leur faire comprendre quel péril il y avoit ' au retardement. On doit trouver étrange que j'eusse confié une affaire d'un tel poids à
M. le prince de Conty,...qui s'étoit laissé emmener comme un enfant par Monsieur son frère. » On verra quelques lignes plus loin que la Rochefoucauld parle d'un double voyage.
1. Revenant de Rouen, le duc apprit, à six lieues de Paris, le départ du Roi, et il tourna tout court, comme dit Retz (tome II, p. i36), à Saint-Germain.
2. 11 s'agit de l'abbé Pierre Longueil, conseiller en la grand'cliambre du Parlement, et frère du président René Longueil, marquis de Maisons. C'étoit, dit Retz (tome II, p. 56), un « liomme d'un esprit noir, décisif et dangereux, et qui entendoit mieux le détail du manœuvre du Parlement que tout le reste du corps ensemble, j Mme de Motteville (tome III, p. 84 et 85) parle de Pierre Longueil à peu près de la même manière.