Le 19 août 1626, à Nantes
n'avoient pas ignoré le dessein de Chalais, et il est certain que le Roi en est demeuré persuadé toute sa vie *. D'autres sujets animèrent encore le Roi et le Cardinal contre la Reine et contre jMnie de Chevreuse : le comte d'Hollande^ vint en France, ambassadeur extraordinaire d'Angleterre, pour traiter le mariage du roi son maître* avec Madame, sœur du Roi*; il étoit jeune, bien
1. Voyez plus loin, p. 56; voyez aussi les Mémoires de la Porte^ p. 3o2 et 3o3. — Il paraît certain, quoique la Rochefoucauld ne nous le dise pas, que c'était la Reine qui, pour faire rompre le mariage de Monsieur avec Marie de Bourbon Montpensier, avait donné le premier branle à cette intrigue, sans trop prévoir jusqu'où la pourraient conduire des esprits entreprenants et peu scrupuleux 1 sur les moyens. Quant à Clialais, qui eut la faiblesse de compromettre dans ses réponses, pour se rétracter ensuite, Mme de Chevreuse et la Reine elle-même, il n'eut en réalité qu'un rôle trèssecondaire dans le complot, et paya pour ceux qu'on ne pouvait ou qu'on ne voulait atteindre. — Consultez, au reste, sur ce célèbre procès, les pièces publiées par V. Cousin dans Madame de Clievreuse (appendice, notes du chapitre ii).
2. Ou plutôt de Holla/id, comme on a imprimé dans les collections Petitot et Michaud ; mais lui-même écrivait son nom de façon à lui donner un air français. Quelques lignes plus bas, notre manuscrit porte, sans élision, de Hollande. — Henri Rich, lord Kensington, de la maison de Warwick, fait comte de Holland en septembre 1624, joua un rôle dans la révolution d'Angleterre, et périt en 1649 sur l'échafaud.
3. Charles I^ï", qui avait succédé, au mois d'avril 1625, à son père, Jacques le"". Le comte de Holland était déjà venu en France, pour négocier ce mariage, en février 1624, antérieurement à l'affaire de Chalais, et lorsque Charles n'était encore que prince de Galles. Le voyage dont parle la Rochefoucauld est celui qu'il fit en i6a5, comme ambassadeur extraordinaire, avec le comte de Carlisle. Voyez Un projet de mariage royal., par M. Guizot, x-xiii.
4. Henriette-Marie, celle dont Bossuet a fait l'oraison funèbre. Elle fut mariée à Notre-Dame, le 11 mai 162$, par le cardinal François de la Rocliefoucauld, frère du bisaïeul de notre auteur, qui mourut en i643, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, après avoir été successivement évêque de Clermont, puis de Senlis, grand aumônier de France, et chef du conseil du Roi.
fait*, et il plut à Mme de Chevreuse. Pour honorer leur passion, ils formèrent le dessein de faire^ une liaison d'intérêts et même de galanterie entre la Reine et le duc de Bouquinquan', bien qu'ils ne se fussent jamais vus. Les difficultés d'une telle entreprise n'étonnèrent point ceux qui yavoientle principal intérêt : la Reine étoit telle que je l'ai dépeinte, et le duc de Bouquinquan étoit favori du roi d'Angleterre, jeune, libéral, audacieux, et l'homme du monde le mieux fait. Mme de Chevreuse et le comte de Hollande trouvèrent toutes les facilités qu'ils desiroient auprès de la Reine et auprès du duc de Bouquinquan : il se fit choisir pour venir en France épouser Madame au nom du roi son maître, et il y arriva avec plus d'éclat, de grandeur et de magnificence que s'il eût été roi. La Reine lui parut encore plus aimable que son imagination ne lui avoit pu représenter, et il parut à la Reine l'homme du monde le plus digne de l'aimer*. Ils employèrent la
1. « Un des plus beaux hommes du monde, dit la Porte (p. 29$), mais d'une beauté efféminée. »